Coincée entre la gare du Nord et le métro aérien, à deux pas de la première salle de shoot française qui ouvrira bientôt ses portes à Paris, boulevard de la Chapelle, l'agence immobilière Auburtin est déserte. Il est encore tôt, ce jeudi matin, lorsque la directrice de l'établissement nous ouvre ses portes. "Mon commerce n'est pas en danger. Ici, c'est Little India, explique Marie Auburtin. Les problèmes de drogue, les nuisances liées aux dealers et à leurs clients sont de l'autre côté de la gare."

L'annonce de l'ouverture de la salle de shoot quasiment en face de sa devanture, située boulevard de la Chapelle, ne l'a pas enchantée pour autant. Mais pas de quoi s'alarmer non plus. "Ce quartier a bonne réputation, il est très bien construit, plein d'immeubles en pierre de tailles et idéal pour les familles. Il ne faut pas le confondre avec Barbès et le bas du XVIIIe qui, eux, n'ont pas besoin d'une telle structure."

"Les prix vont chuter, mais pas dans tout le quartier"

Pour rassurer les habitants des environs, des réunions publiques sont organisées par la mairie du Xe sous forme de débats. La crainte de voir des seringues, des toxicos et des dealers pousser à tous les coins de rue revient en boucle. Et certains prédisent déjà une baisse prochaine des prix de l'immobilier.

Marie Auburtin ne veut pas en entendre parler. "Bien sûr, s'il y a des nuisances supplémentaires, les prix à la vente vont baisser. Mais je ne veux pas inquiéter les clients avec qui je traite." Dans l'agence voisine, Stéphanie Buisson espère tout autant que l'impact sera modéré. "Les prix vont chuter boulevard de la Chapelle, c'est évident. Mais je ne pense pas que ce sera le cas dans tout le quartier." Dans le même périmètre, un autre agent immobilier, qui souhaite garder l'anonymat, relativise. "Tout dépend de la façon dont est géré cet endroit ."

"Ah non, pas la Chapelle!"

Des effets indésirables ont-ils déjà été perçus par les professionnels? "Des nouveaux arrivants m'ont déjà dit 'Ah non, pas la Chapelle', mais rien de plus", note l'un d'eux. "Des gens m'appellent, sont inquiets", concède Stéphanie Buisson. Pour les rassurer, elle reconnaît que l'implantation de la salle de shoot est mauvaise pour l'image du quartier, mais qu'elle ne le rendra pas plus dangereux pour autant. Seule certitude, les prix ne risquent pas de flamber autour du boulevard de la Chapelle.