Malgré ses propositions, le gouvernement n'a pas réussi à convaincre les avocats. Le Conseil national des barreaux (CNB) a voté vendredi soir en assemblée générale et à l'unanimité, la poursuite de la mobilisation de la profession contre la réforme des retraites.

Le CNB, qui représente les 70 000 avocats français, "réaffirme son opposition la plus ferme à cette réforme" et compte "poursuivre le mouvement de forte mobilisation selon les modalités (toutes formes de grèves, manifestations, journées d'actions...) arrêtées par les barreaux", après un mois de grève sans précédent, indique-t-il dans un communiqué.

"Cette réforme des retraites imposée aux avocats s'inscrit dans une volonté politique de transformation profonde de la profession d'avocat portant atteinte à son indépendance, à son modèle économique et donc à l'accès au droit effectif des justiciables", estime-t-il. La présidente du CNB Christiane Feral-Schuhl a salué la "détermination" des avocats à qui le gouvernement demande selon elle "d'organiser leur propre solidarité en utilisant ses propres réserves pour basculer dans un système inégalitaire, très lourd en termes de cotisations pour une activité libérale".

Une entrée dans le régime universel "pas négociable"

Les avocats, qui cotisent pour leur retraite à une caisse autonome, sont vent debout contre le projet de réforme qui prévoit, selon le CNB, de doubler les cotisations retraite (de 14 à 28%) pour les avocats gagnant moins de 40 000 euros par an, et les pensions, actuellement au minimum de 1 400 euros net, passeraient à 1 000 euros.

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Face à la fronde de la profession, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a répété, jeudi, que l'entrée des avocats dans le régime universel n'était "pas négociable". Mais la Garde des Sceaux a également tendu la main à la profession en colère en présentant "trois engagements": assurances sur le maintien des pensions, "pas de doublement brutal des cotisations" et le "maintien de la caisse de retraite des barreaux français [retraite et prévoyance] sous le contrôle de la profession".

Les avocats ont exigé vendredi que le gouvernement "mette à disposition un simulateur fiable leur permettant de vérifier l'exactitude des projections". Ils se disent également prêts à "répondre à l'invitation du gouvernement d'examiner d'éventuels aménagements sur les scénarii d'intégration dans le système universel".

De nombreux barreaux avaient dès jeudi reconduit la grève jusqu'à lundi, comme celui de Bastia. Depuis le 6 janvier, les avocats ont demandé des renvois d'audience, fait des grèves du zèle en plaidant des heures, multiplié les demandes de mise en liberté... Dans certains barreaux, la mobilisation a entraîné parfois jusqu'à 80% des audiences pénales renvoyées, comme à Nantes ou Nice.