"Nous sommes confiants", expose le ministre de l'Education nationale, après avoir passé en revue ses troupes. Ce mardi 23 août, Pap Ndiaye s'est rendu dans le rectorat de Créteil, dans le sud-est de Paris. Ce dernier a rencontré les membres de la cellule de rentrée mise en place pour répondre au mieux aux demandes des écoles et établissements en matière d'effectifs dans cette académie, qui regroupe la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne et la Seine-et-Marne. Un déplacement, pour calmer les craintes, alors qu'une pénurie d'enseignants se profile, à neuf jours de la rentrée.
De cette visite, Pap Ndiaye en tire la plus grande sérénité, alors que la France traverse une pénurie d'enseignants. "Il y a des difficultés structurelles liées à l'attractivité du métier, mais à ce stade nous sommes confiants pour que la rentrée se passe au mieux pour les élèves de l'académie de Créteil, et au-delà bien entendu pour l'ensemble du territoire", détaille-t-il à l'AFP. Un calme affiché, pour répondre aux craintes des enseignants et des parents d'élèves, alors que le personnel manque encore à l'appel. Pour sa première rentrée, Pap Ndiaye en fait la promesse, il y aura "un professeur devant chaque classe".
Un défi, à 10 jours de la rentrée. Rien que dans l'académie de Grenoble, ce mardi, 773 offres de remplacement restaient à pourvoir, sur des périodes couvrant l'année scolaire entière pour la plupart. Le signe des trous que laissent les professeurs partis en retraite, en arrêt, ou en reconversion. Cette année, plus de 4 000 postes n'ont pas été pourvus aux concours enseignants, un taux historiquement bas, selon les chiffres du ministère de l'Education nationale. Dans le premier degré public, le taux de postes pourvus est de 83,1%, contre 94,7% l'an dernier. Pour les collèges et lycées, il se situe à 83,4%, contre 94,1% en 2021.
Le ministre reconnaît "des difficultés"
Ces difficultés de recrutement particulièrement aiguës, notamment liées à une crise d'attractivité du métier, font craindre de nombreuses absences. A Créteil, la situation est comparable, voire légèrement meilleure à celle de l'année dernière au même moment", selon Ndiaye. Un statu quo pas vraiment réjouissant, quand on sait que l'académie est une des plus touchées : "Il y a des difficultés dans certaines disciplines" du secondaire, en particulier pour les lycées professionnels, et "nous y travaillons", reconnaît le ministre.
D'année en année, le vivier d'enseignants se résorbe. "C'est un problème ancien, mais qui s'est aggravé ces dernières années", expliquait le ministre, en juillet dernier. Face à ces difficultés de recrutement, l'Education nationale a notamment eu recours au recrutement de contractuels dès juin lors de controversés "job-dating", des entretiens organisés dans plusieurs académies.
Créteil n'y échappe pas. Les personnes retenues, qui doivent avoir au minimum une licence - quelle qu'elle soit -, enseigneront dès la rentrée, avec souvent quelques jours de formation seulement, proposés à partir de cette semaine. "Nous devons répondre à cela en améliorant l'attractivité du métier d'enseignant (...) en attendant, nous recrutons du mieux possible", évoque le ministre, de concert avec Daniel Auverlot, le recteur de l'Académie de Créteil, dont les propos ont été recueillis par l'AFP.
Dans certaines académies, 40% des annonces sans réponse
Mais la situation est loin d'être réglée. Dans le premier degré (écoles maternelles et élémentaires), de sérieux déficits existent notamment dans les académies franciliennes, et plus particulièrement dans celles de Créteil et Versailles. A peine plus de 900 candidats ont été recrutés sur 1 665 postes ouverts à Créteil, et pas plus à Versailles, pour 1 600 postes ouverts. Dans le second degré, certaines disciplines inquiètent particulièrement : plusieurs matières sont loin d'avoir fait le plein aux concours, comme l'allemand (55% des postes pourvus contre 70 à 81% durant les trois années précédentes), les lettres classiques (57%), la physique-chimie (66,7%) ou les mathématiques (68,5%).
Face à ce recrutement insuffisant, dix députés Nupes de Seine-Saint-Denis ont d'ailleurs demandé en juillet au ministre de l'Education "des mesures d'urgence" pour la rentrée, dans un département populaire et à forte démographie, déjà pénalisé par de nombreux non-remplacements des professeurs. Des cellules ont ainsi été mises en place cette semaine dans chaque académie pour "régler les difficultés là où elles se posent", répondre aux questions des enseignants contractuels nouvellement embauchés pour remédier aux manques d'effectifs, et préparer au mieux la rentrée.
"Ça reste quand même très léger. Ça ne remplace pas une formation un peu plus conséquente", relève auprès de l'AFP Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat du secondaire, qui évoque son "inquiétude, et en même temps une forme d'agacement". "C'est la rentrée de la pénurie", ajoute-t-elle. "On a bien vu que les rectorats et le ministère bricolaient dans tous les sens pour pouvoir afficher un prof devant chaque classe à la rentrée. Mais quand bien même cet objectif serait atteint, on peut se demander quel en sera le prix, si ce sont des professeurs qui ne sont pas formés". Stéphane Crochet, du SE-Unsa, un autre syndicat enseignant, craint, lui, que "derrière l'affichage de la rentrée, si l'on réussit à peu près à mettre des gens devant les classes, on n'ait plus aucune réserve de remplaçants". De quoi peut-être risquer de décontenancer le ministre, dans les semaines à venir.
