C'est une situation inédite qui se présente depuis jeudi au pape François : la démission d'un ecclésiastique - en l'occurrence, le cardinal Philippe Barbarin - à la suite de sa condamnation non pas pour abus sexuels, mais pour non-dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs au sein de l'Église de Lyon.

Habituellement, lorsqu'un évêque, pour des raisons d'âge, de santé ou personnelle, demande au Saint-Père d'être relevé de sa charge, il en informe d'abord le nonce et la Congrégation pour les évêques, puis le pape, qui tranche en dernier ressort. Cette fois, Philippe Barbarin, qui est à la fois archevêque, cardinal et primat des Gaules, a annoncé qu'il allait se rendre lui-même au Vatican et remettre directement sa demande de démission au pape lors d'un tête-à-tête.

Deux précédents cas d'évêques condamnés

Comme le rappelle La Croix, deux cas similaires se sont déjà présentés en France : les évêques Pierre Pican en 2001 et André Fort en 2018, condamnés à des peines de prison avec sursis pour non-dénonciation d'abus sexuels. Mais le premier est resté en poste à Bayeux-Lisieux jusqu'à atteindre l'âge de la retraite des évêques (75 ans) en 2010. Et le second, âgé de 82 ans, avait déjà quitté ses fonctions au moment de son procès.

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Dans le cas Barbarin, l'inconnue réside donc désormais au Vatican, qui est entièrement libre de sa réaction. C'est au Saint-Père de décider du devenir du prélat. À la fin du rendez-vous, le pape François aura le choix d'accepter la démission et de rendre sa décision publique immédiatement ou de prendre le temps de la réflexion.

Un refus de la démission peu probable

En mai 2016, le pape François avait pris la défense du cardinal Barbarin, à qui le Premier ministre de l'époque, Manuel Valls, avait demandé de "prendre ses responsabilités" après sa mise en cause pour non-dénonciation d'abus pédophiles. Le souverain pontife avait alors jugé que sa démission serait "un contresens, une imprudence".

Mais les temps ont changé. Il y a deux semaines, après un sommet historique qui a réuni pendant quatre jours au Vatican les évêques du monde entier sur la lutte contre la pédophilie, François avait promis "une lutte à tous les niveaux". Dans ce contexte actuel, "il est peu probable que le chef de l'Église catholique n'accepte pas la demande de démission", affirme à l'AFP un vaticaniste d'i.média, l'agence de presse spécialiste du Vatican.

Quid de la succession du cardinal Barbarin ? Si le pape ne peut pas sortir un autre nom de sa soutane pour prendre le poste, il pourra déléguer à un "collège des consulteurs", composé de prêtres du diocèse de Lyon, l'élection d'un "administrateur diocésain". À moins qu'il en nomme un lui-même. Dans les deux cas, l'administrateur devra gérer les affaires courantes en attendant qu'un évêque soit nommé par le pape.