L'aspiration n'est pas nouvelle, mais elle s'est amplifiée avec la pandémie : les Français désirent un meilleur cadre de vie. Ainsi, selon l'étude menée en 2021 par l'Observatoire société et consommation (ObSoCo), 53 % des Français aimeraient résider ailleurs s'ils le pouvaient, et en particulier en périphérie des grandes villes et dans les villes moyennes.
Si chacun a sa propre définition du cadre de vie qu'il souhaite, que recouvre exactement cette notion ? Des espaces verts et une bonne qualité de l'air ? Un centre-ville animé ? Des services : santé, éducation, loisirs, culture ? Des logements plus nombreux, confortables et abordables ? Une meilleure sécurité ? Moins de stress ? Des emplois à proximité, et donc une offre de mobilité étoffée ? Du haut débit pour pouvoir télétravailler ? La réponse : un peu tout cela à la fois ! "La notion de cadre de vie est assez floue, et en général définie par les aménités à disposition dans un espace, relève Emeline Hatt, maître de conférences en aménagement et urbanisme à Aix-Marseille Université. Certains la réduisent au paysage et à l'environnement, d'autres l'élargissent à l'habitat, à l'espace public inclusif et à la mixité sociale et intergénérationnelle..." Toujours est-il que "le concept est de plus en plus utilisé pour le marketing territorial et les discours sur l'attractivité", ajoute-t-elle.
Evidemment, lorsqu'elles disposent d'atouts naturels bord de mer, montagne, parcs naturels ou forêts les petites villes les mettent en avant. Et ce d'autant plus que "les services de proximité ont parfois encore besoin d'être améliorés...", prévient Emeline Hatt. Quoi qu'il en soit, nombre d'entre elles veulent aujourd'hui tirer parti de ce nouvel élan des urbains vers ces espaces et prendre leur revanche sur les métropoles !
Lille lutte depuis des années pour modifier son image
Pour autant, d'aucunes, petites ou grandes, n'ont pas attendu les effets de la pandémie pour se lancer. Des communes comme Metz ou Lille ont en effet dû agir depuis des années pour redorer une image ternie par la désindustrialisation ou les crises économiques et sociales. Avec un certain succès. Ainsi, Metz, capitale d'une ancienne région industrielle, faite de mines de charbon et de fer, s'est réinventée. Parmi les premières en France à mettre en place une politique d'écologie urbaine, elle est arrivée troisième (après Angers et Nantes) des villes les plus végétalisées de France au palmarès 2020 de l'Observatoire des villes vertes, portant sur 50 communes, après avoir été, en 2019, désignée "Meilleure ville pour la biodiversité". De fait, au-delà de la culture, puisqu'en 2010 a été inauguré le Centre Pompidou-Metz, elle a choisi d'être ce qu'elle appelle une "ville jardin". Elle se classe aussi au dixième rang du baromètre réalisé par Le Cadran pour L'Express de celles où il fait bon vivre en famille.
Quant à la Métropole européenne de Lille (la MEL, qui inclut 95 communes), elle enchaîne depuis plusieurs années les programmes de renouvellement urbain. Et ce dans un souci de rééquilibrage du territoire et de développement durable, avec en filigrane la volonté d'offrir une meilleure qualité de vie. Aidée financièrement par l'Agence nationale pour la rénovation urbaine, portée au début des années 2000 par Jean-Louis Borloo alors ministre délégué à la Ville et élu du Nord, la MEL n'a cessé de réhabiliter les logements, de doter les quartiers d'équipements de proximité, de créer des pôles de commerces et de services, de lancer des filières d'excellence et d'innovation économique. Pour autant, une étude publiée en 2018 relevait que 19 % des personnes interrogées à l'occasion d'un sondage du cabinet Comanaging, réalisé en 2017, avaient déclaré que des progrès étaient à mettre en oeuvre pour améliorer le cadre de vie dans la métropole. Qu'à cela ne tienne, la ville continue de multiplier les projets pour renforcer son attractivité.
Enfin, Marseille, qui souffre du délabrement de ses écoles, d'un réseau de transports en commun peu développé et de logements vétustes également deuxième ville la plus embouteillée de France après Paris, s'appuie sur le plan "Marseille en grand", annoncé en fanfare par le président de la République à l'été 2021, d'un montant d'un milliard d'euros. Selon la presse locale, les choses avancent. Et notamment dans les écoles - dont certaines ont déjà été réhabilitées -, ainsi que dans la police, dotée d'effectifs supplémentaires. La tâche s'avère plus compliquée en matière de transport, notamment pour le tramway, nécessitant davantage d'infrastructures.
Les villes moyennes en action
Mais sans surprise et malgré les efforts de la plupart des grandes villes pour améliorer leur environnement, les Français s'intéressent davantage aux plus petites. D'ailleurs, les élus locaux actionnent plusieurs leviers pour les attirer. Si chaque municipalité a sa recette, bon nombre d'entre elles s'appuient sur différents dispositifs existants, comme le programme "Petites Villes de demain", lancé en 2020 par Jacqueline Gourault - alors ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales -, et associé à des partenaires financiers (dont la Banque des territoires, l'Agence nationale de l'habitat, le Cerema - agence publique spécialisée dans les politiques d'aménagement et de transport -, et l'Agence de la transition écologique).
De même, 234 communes ont recours au programme "Action coeur de ville" de la Banque des territoires visant à redynamiser les centres-villes, tandis que d'autres misent sur des initiatives destinées à améliorer l'habitat, à accélérer la transformation numérique ou à lutter contre le dérèglement climatique.
Autre critère d'attractivité : les lignes TGV. Sur ce point, Lille, Reims, Bordeaux, Lyon, Tours ou Rennes se distinguent. De leur côté, les lieux plus éloignés et les villages espèrent tirer leur épingle du jeu à la faveur du télétravail. "Grâce au haut débit, ils peuvent attirer des néoruraux avec des tiers-lieux, par exemple", relève Mathieu Vidal, maître de conférences en géographie et aménagement à l'Institut national universitaire Champollion d'Albi. Quant à ceux qui ne peuvent pas travailler à distance, encore faut-il que les territoires puissent leur offrir des emplois. Et c'est souvent là que le bât blesse...
