OUI / "Les prix baisseraient dans les secteurs les plus sensibles"
Par Nil Caouissin
Dans les communes touristiques, notamment en Bretagne, les jeunes et les ménages modestes ne parviennent plus à se loger pour une raison simple : ils sont confrontés à la concurrence d'habitants secondaires plus fortunés qu'eux. Le statut de résident permettrait de réserver l'achat de logements dans ces communes (celles disposant, par exemple, d'un taux de résidences secondaires supérieur à 20 %) à des personnes habitant dans les environs depuis un an, comme je l'explique dans le livre que je viens de publier à ce sujet, Manifeste pour un statut de résident en Bretagne (éd. Presses populaires de Bretagne).
Avec un tel statut, les prix baisseraient dans des secteurs aujourd'hui inaccessibles. Il serait ainsi possible d'accueillir les centaines de milliers de nouveaux Bretons attendus dans les années à venir en limitant les constructions nouvelles, l'étalement urbain et en contenant les prix, tout en faisant revivre des communes sinon promises à un vieillissement accéléré.
Certes, les élus concernés ont raison de dire qu'avec l'afflux de retraités et de résidents secondaires, il est difficile, voire impossible, d'accueillir des jeunes sans construire. Mais c'est bien cette situation qui est intenable ! En effet, on continue à vouloir construire des logements alors que, dans ce secteur, une grande partie des maisons sont vides la plupart du temps. Donnons quelques chiffres : on recense 36,8 % de résidences secondaires à Perros-Guirec, dans les Côtes-d'Armor. De quoi loger plus de 4 000 personnes dans cette seule commune... Sur la côte sud de la Bretagne, les taux peuvent dépasser les 50 %, et même monter à plus de 75 % dans le golfe du Morbihan. Or, les résidences secondaires sont vides neuf mois sur douze, et 89 % des propriétaires n'envisagent pas d'en faire un jour leur résidence principale, selon une étude du comité régional du tourisme. Quel gaspillage face aux enjeux écologiques et sociaux !
Comment faire pour changer la donne ? Les élus municipaux ont aujourd'hui bien peu d'outils pour inciter à la réduction du taux de résidences secondaires. Raison de plus pour instaurer un statut de résident !
Nil Caouissin est membre de l'Union démocratique bretonne.
NON / "Les résidences secondaires contribuent à l'économie des territoires"
Par Yann Jéhanno
L'instauration d'un tel statut de résident serait une mauvaise idée pour plusieurs raisons. En premier lieu, ce serait oublier que les propriétaires de résidences secondaires contribuent fortement à l'économie des territoires et à leur activité. Ils achètent sur place, consomment local, font vivre les commerçants et les producteurs régionaux, recourent aux entreprises et aux artisans du secteur pour assurer l'entretien de leur logement. Ce faisant, ils contribuent à l'emploi local.
Les résidences secondaires fournissent également des recettes fiscales aux collectivités locales. Pensons aux droits de mutation, à la taxe foncière mais aussi à la taxe d'habitation qui ne sera pas supprimée pour cette catégorie de logements et qui est même susceptible d'être majorée. Tout cela pourrait représenter jusqu'à 3 milliards d'euros, voire plus.
Les résidences secondaires constituent, par ailleurs, une véritable bouée de sauvetage démographique pour certaines communes rurales menacées par la dévitalisation. Les territoires, ne l'oublions pas, sont en concurrence pour attirer les populations et les investissements. Ceux qui adopteraient un statut de résident perdraient des points précieux dans cette compétition.
J'insiste, enfin, sur des données d'ordre sociétal qui me paraissent aussi importantes. La première consiste à souligner que les résidences secondaires permettent de rassembler les familles et les amis et jouent, de ce fait, un rôle majeur sur le plan social. La seconde est qu'elles sont souvent acquises par des actifs qui projettent de s'y installer durablement après la retraite. La troisième, enfin, a trait à l'essor du télétravail qu'ont favorisé les divers confinements et que de nombreux urbains vont continuer à pratiquer. Ils garderont sans doute un logement en ville, mais vont opter pour ce que j'appellerais des "résidences semi-secondaires", où ils passeront une grande partie du temps.
Il serait donc préférable de repenser l'aménagement du territoire et la répartition de la population pour endiguer la hausse des prix.
Yann Jéhanno est président du réseau d'agences immobilières Laforêt.
