Le refus du maire de Champlan d'inhumer un bébé Rom dans le cimetière de sa commune a provoqué une vague d'indignation. Michèle Barzach, présidente d'Unicef France depuis juin 2012, est aussi montée au créneau via un communiqué. L'ancienne ministre de la Santé et de la Famille du gouvernement Chirac dénonce la discrimination dont est victime la population Rom.
Selon vous, pourquoi le refus du maire de Champlan, Christian Leclerc, d'inhumer un bébé Roms dans sa commune a suscité un tel émoi?
Parce que c'est tout simplement indigne. Cette discrimination jusque dans la mort est abjecte et heureusement qu'il y a suffisamment de personnes qui s'indignent de cette décision. Ce refus d'inhumer un bébé pour ses origines est intolérable. Les enfants Roms sont déjà victimes d'un stigmatisation ignoble, mais pas seulement en Europe puisque cela touche aussi la France. Pourtant, nous sommes le deuxième pays européen à avoir signé la Convention relative aux droits de l'enfant, qui assure la non-discrimination.
Est-ce qu'il un existe un problème autour des Roms lié à une discrimination infligée par des politiques et des institutions?
Bien sûr qu'il y a un problème. Le premier est l'accès à l'éducation, un nombre important d'enfants ne peuvent pas aller à l'école principalement à cause de leurs origines. Le deuxième concerne leurs conditions de vie, je suis déjà passé dans ces camps, c'est inimaginable que des familles y vivent sans le minimum vital. Ce sont des conditions de discrimination typiques et cette affaire est une nouvelle étape. Je ne veux pas rentrer dans la question des responsabilités, mais c'est le combat de l'Unicef de lutter contre la discrimination, et les enfants doivent aller à l'école, c'est la loi, elle doit être respectée. La Convention relative aux droits de l'enfant définit qui doit faire quoi et comment.
Que pensez-vous des justifications du maire de Champlan qui évoque le manque de place dans son cimetière et surtout un malentendu dans le déroulement des évènements?
Je n'ai pas à juger ce genre de chose, mais il faut regarder les faits. Les évènements se sont déroulés la nuit du 25 au 26 décembre et il a attendu jusqu'à aujourd'hui pour s'expliquer... C'est bizarre. Il y a une réalité qui existe, cette famille vit à Champlan, elle est en France depuis huit ans, elle n'est pas de passage et quand bien même! Refuser cet enterrement est une injure à notre pays, nous sommes la patrie des droits de l'homme, des Lumières. Sur les mairies, on trouve les mots "liberté, égalité, fraternité", il faut les respecter.
