Le Covid-19 est depuis deux ans un cycle sans cesse recommencé, et la Chine use toujours d'une même méthode pour tenter de l'enrayer. La stratégie zéro-covid adoptée par le pays vacille depuis plusieurs semaines face au variant Omicron et son sous-variant BA.2, plus contagieux que les précédents mais moins dangereux.
Ce dimanche, la barre des 13 000 cas positifs a même été franchie, un nombre jamais atteint depuis la première vague de l'épidémie début 2020. Au moyen de confinements, de tests massifs et d'isolement des malades, les autorités tentent de se défaire en vain du coronavirus. Depuis samedi 2 avril, Shangaï, ville la plus peuplée du pays avec ses 26 millions d'habitants et foyer de 70% des nouvelles contaminations, est même soumise à un confinement quasi-général.
"La stratégie zéro-covid est intenable avec Omicron et son sous-variant BA.2 car elle ne tolère pas du tout la circulation du virus. Il s'agit de l'empêcher de circuler plutôt que de vivre avec", explique à L'Express l'épidémiologiste Antoine Flahault. Le variant Omicron et surtout son sous-variant BA.2 changent complètement la donne, car par leur très forte transmissibilité et leur virulence voisine des souches initiales chez les non vaccinés, ils rendent la stratégie zéro-covid plus difficile à maintenir. Il n'est d'ailleurs pas certain que la Chine y parvienne. Cette stratégie avait été abandonnée en Australie ou en Nouvelle-Zélande au mois d'octobre dernier en raison de l'apparition d'un variant plus contagieux. Mais la Chine a persisté, voulant montrer au monde que sa politique était la meilleure.
"En réalité, les autorités chinoises réalisent qu'elles n'ont guère le choix que de s'accrocher à cette stratégie zéro-covid, en raison de la faible couverture vaccinale des personnes âgées. Pour de multiples raisons les plus de 60 ans sont mal vaccinés en Chine, assure Antoine Flahault. C'est d'abord la faible confiance des personnes âgées en vers les autorités et les vaccins locaux qui est en cause, mais aussi la propagation de fausses informations sur les risques d'effets secondaires des vaccins chez les personnes âgées et fragiles. En Chine, seule la moitié des plus de 80 ans sont vaccinés et 20% seulement ont reçu une troisième dose". Pour le chercheur, la Chine redoute un scénario à la hongkongaise, où les personnes âgées placées dans des maisons de retraite, une population peu vaccinée, ont été les premières victimes du variant BA.2. Pour éviter cela, La Chine "est en train de faire payer un coût très élevé à la population plus jeune la réticence des personnes âgées à se faire vacciner. Il n'est pas sûr que cela soit socialement bien accepté par la population que l'on dit docile, mais probablement jusqu'à un certain point", poursuit Antoine Flahault.
Un nouveau variant d'Omicron découvert
Et comme une mauvaise nouvelle n'arrive jamais seule, les autorités chinoises ont annoncé avoir découvert un variant d'Omicron jusque-là non répertorié dans les bases de données internationales. "Cela signifie qu'un nouveau variant d'Omicron a été découvert localement", a déclaré le Centre de contrôle de prévention des maladies de Suzhou. Mais il convient de relativiser cette découverte. "Tous les jours apparaissent de nouveaux variants. Il est quasi certain qu'Omicron BA.2 sera remplacé par un nouveau sous-variant d'Omicron ou un nouveau variant du SARS-CoV-2, lequel et quand ? Personne ne peut le prévoir avec exactitude", assure Antoine Flahault.
Quelques jours plus tôt, un recombinant de deux souches d'Omicron avait été signalé au Royaume-Uni. Mais Il ne s'agit pas tout à fait d'un variant puisqu'il est susceptible "d'agir de la même façon que le virus parental", indique une note de l'imperial College de Londres. Même si celui que l'on appelle "XD" contient des protéines structurelles du variant... Delta, plus dangereux qu'Omicron, et que l'on avait peut-être trop vite oublié.
"Bénéficierons-nous d'un répit de quelques semaines ou de quelques mois lorsque la vague liée à BA.2 refluera comme il semble qu'elle s'y prépare actuellement ? Il est trop tôt pour le dire. Un nouveau variant viendra quasi à coup sûr prendre le relais et générer une nouvelle vague pandémique, mais sera-ce avant l'été ou après, nul ne peut le dire", tempère encore Antoine Flahault.
