Pour un petit nombre d'admirateurs, il est le "Zorro blanc". L'homme qui entend délivrer les enfants victimes de réseaux criminels pédophiles aussi obscurs que dangereux. Le complotiste et ex-gendarme Christian Maillaud a été incarcéré lundi au centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure dans l'Allier, ont indiqué à l'AFP son avocate et le procureur de la république de Cusset, Eric Neveu.
Christian Maillaud, alias "Stan", 53 ans, interpellé vendredi matin à Sorbiers (Loire) par la gendarmerie dans le cadre de l'exécution d'un mandat d'arrêt, avait été mis en examen dimanche pour "association de malfaiteurs et incitation de militaires à la désobéissance". À l'issue d'une enquête préliminaire, une information judiciaire avait été ouverte l'an dernier contre lui par un juge d'instruction de l'Allier pour "association de malfaiteurs, infraction à la législation sur les armes, faux et usage de faux, actes d'intimidation sur des élus et des personnes dépositaires de l'autorité publique et appel à la désobéissance de militaires". À l'époque, cet ancien parachutiste, aussi surnommé "Stan", venait tout juste de sortir de prison après une condamnation dans une affaire de tentative d'enlèvement d'enfants prétendument victimes de pédophilie. Les autorités tentaient de mettre la main sur lui depuis lors.
L'autre visage du "Conseil national de transition"
Christian Maillaud est, d'après la justice, "un des derniers leaders complotistes recherchés par la justice de la mouvance du Conseil national de transition de la France, présidé par Eric-Régis Fiorile", autre figure du mouvement. Comme lui, Christian Maillaud est accusé d'avoir participé à un appel à un soulèvement contre le gouvernement. Suspecté de "projet d'action violente", Eric-Régis Fiorile avait de son côté été arrêté et placé en garde à vue en décembre dernier. Il devait finalement être jugé en comparution immédiate pour détention d'arme, mais le tribunal a préféré que l'enquête se poursuive avant de se prononcer.
Il a été remis en liberté sous contrôle judiciaire le 29 juillet, indique le parquet de Cusset. Deux autres dirigeants de l'organisation, originaires d'Auvergne, ont été mis en examen et placés en détention provisoire durant plusieurs mois avant d'être également remis en liberté sous contrôle judiciaire, précise-t-on de même source.
Dénonçant des "imposteurs et traîtres à la Nation", et comme toujours des "réseaux pédocriminels et sataniques", il est enfin reproché à Christian Maillaud d'avoir adressé des courriers invitant élus, militaires ou magistrats à rejoindre le "Conseil national de transition" basé dans l'Allier, sous peine "de passer devant un tribunal militaro-populaire", indique-t-on de source judiciaire.
Un porte-voix de QAnon
A la tête d'un petit groupe d'activistes adhérant à diverses théories complotistes et en charge de la police du "Conseil national de transition", le quinquagénaire a, lors de la pandémie de Covid-19, été à l'initiative de la "Révolution des chocolats", qui projetait d'enrôler militaires et policiers après leur avoir offert des boîtes de chocolats.
Comme l'indique Libération, Christian "Stan" Maillaud est obsédé par ses anciens collègues. Il est notamment persuadé que les forces de l'ordre ont été infiltrées par des "milices du Betar et du Mossad" lors du mouvement des Gilets jaunes.
Christian Maillaud reprenait enfin dans des vidéos les théories de la mouvance complotiste QAnon, née aux États-Unis et qui gagne du terrain en France. A l'image de celles concernant les réseaux pédophiles satanistes, supposés imprégner jusqu'aux plus hautes sphères de l'État.
"Il fait partie d'une idéologie : l'objectif est de changer complètement le système politique en France, fédérant l'extrême droite et l'extrême gauche, les gilets jaunes et les complotistes, afin de créer un nouveau monde", résume auprès du Figaro le procureur Eric Neveu.
Un homme déjà lourdement condamné
En 2018, alors en fuite avec sa compagne allemande, il avait été condamné par le tribunal de Saintes (Charente-Maritime) à cinq ans de prison pour avoir aidé une femme qui projetait d'enlever ses enfants à leur père, qu'elle accusait de pédophilie.
Arrêté au Venezuela fin 2019, il avait été rejugé pour ces faits en janvier 2020 et condamné à quatre ans de prison, dont la moitié avec sursis probatoire, après avoir déjà été condamné en 2009 pour avoir soustrait un enfant qu'il affirmait en danger.
Le non-respect de son sursis probatoire l'expose à deux années d'incarcération, indique-t-on de sources judiciaires. "Christian Maillaud reconnaît les faits qui lui sont reprochés. Il revendique son appartenance au Conseil national de transition (CNT) et la volonté de mettre en place un nouveau système de gouvernement. Il s'estime investi d'une mission de rétablir la justice", avait déclaré dimanche à l'AFP le procureur de la République.
