Un jeune Roubaisien, Amine Elbahi, et la présentatrice Ophélie Meunier se trouvent au coeur d'une polémique autour d'un reportage de "Zone Interdite" sur l'islamisme à Roubaix. Menacés de mort, ils ont été placés sous protection policière, quelques jours après la diffusion de l'émission de M6. "À 25 ans, ce n'est pas une vie d'être obligé d'être placé sous protection policière, mais il est vraiment rassuré, explique l'avocat d'Amine Elbahi, Jean Tamalet. Ce reportage, dimanche 23 janvier, sur un sujet inflammable en pleine campagne présidentielle avait provoqué de vives réactions sur les réseaux sociaux et des chaînes d'information en continu, faisant réagir jusqu'au ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, à l'Assemblée nationale. "Ce que j'ai dit dérange. Je dois avoir visé juste au regard des menaces", a déclaré à l'AFP Amine Elbahi qui jouait le rôle de "fixeur" pour l'émission.
"Roubaix est devenue le symbole de l'échec de l'Etat"
Le juriste en droit public raconte dans le reportage avoir alerté la préfecture du Nord fin 2020 sur une association de la ville, "Ambitions et initiatives pour la réussite" (AAIR). Ce militant âgé de 25 ans la suspectait de dispenser des "cours coraniques" sous couvert de soutien scolaire, en bénéficiant de subventions publiques, notamment municipales. En arrière-plan, des soupçons de clientélisme à l'encontre du maire DVD, Guillaume Delbar. Le jeune homme a déposé plainte vendredi après avoir reçu de nombreuses menaces sur les réseaux sociaux, par SMS ou sur WhatsApp, ainsi que des enregistrements vocaux "constatés par huissier", selon son avocat, Me Jean Tamalet. Amine Elbahi est notamment qualifié de "kouffar" (mécréant en arabe, ndlr) et "on lui dit qu'il va être décapité", précise l'avocat à l'AFP. Se disant victime d'un "déferlement de haines et de menaces", le maire Guillaume Delbar a annoncé son intention de porte plainte lui aussi.
L'alerte d'Amine Elbahi avait abouti à une enquête de la préfecture, qui explique avoir constaté que "des cours d'arabe à caractère cultuel" étaient effectivement dispensés, puis fait un signalement au parquet. Désormais, Amine Elbahi profite de l'emballement médiatique autour du sujet abrasif pour faire entendre sa parole et lister ses propositions pour "lutter contre l'islamisme". Dans Le Figaro, le Roubaisien martèle dans une tribune publiée ce mardi : "Roubaix, comme de nombreux territoires en France, est devenue le symbole de l'échec de l'Etat, incapable d'affirmer son autorité." Que ce soit à la radio ou sur les plateaux télévisés, le juriste vêtu d'un costume bleu marine et d'une chemise blanche débite ses prises de position contre "le communautarisme à Roubaix". Avec aplomb, le jeune homme dévoile un discours bien rodé ponctué de petites phrases choc.
Une soeur en Syrie
Sous protection policière, Amine Elbahi a exprimé "sa reconnaissance" aux policiers qui assurent sa protection. "Je n'avais jamais reçu autant de menaces après une intervention publique. Je m'étonne aussi aujourd'hui de notre capacité à nous émouvoir collectivement sur une situation que nous connaissons depuis bien longtemps", dit-il encore sur RTL ce lundi. Le même jour, sur le plateau de C à Vous, il affirme qu'une "grande majorité de musulmans en France respectent les lois de la République", mais qu'une "minorité prend en otage cette religion". Le Roubaisien s'est fait connaître pour son combat afin de rapatrier ses deux neveux de 4 et 6 ans, détenus dans un camp syrien. Sa soeur, mère des deux enfants, était partie rejoindre l'organisation Etat islamique et est, selon lui, détenue dans une prison kurde.
"Dès ce moment-là, j'ai constaté l'inaction des responsables politiques. J'ai voulu aller plus loin, pour qu'on ne reproduise pas les mêmes erreurs. Il faut qu'on nous écoute", confie-t-il dans Marianne. A plusieurs reprises, le juriste s'emporte contre les élus qu'il accuse d'inaction face à l'islam radical. Son compte Twitter - suivi par plus de 14 000 personnes - nous permet d'en savoir plus sur le personnage. Dans sa minibiographie, il se décrit comme le fondateur de l'association La Caisse Sociale qui défend les droits des allocataires de la Caisse d'Allocations Familiales. Issue d'une fratrie de six enfants, Amine Elbahi s'engage très tôt en politique, selon le quotidien régional La Voix du Nord. En 2013, le jeune militant n'a d'yeux que pour le parti de l'UMP et soutient la candidature victorieuse aux municipales de Guillaume Delbar. La lune de miel avec l'édile ne dure pas longtemps et le jeune homme jouera "un rôle de poil à gratter local", comme le dit La Voix du Nord.
Une chose est sûre : l'émission de M6 a donné une force médiatique à son discours dont il avait jusque-là rarement bénéficié. De son côté, le maire de Roubaix Guillaume Delbar, ainsi que trois membres de l'association, sont convoqués mardi devant le tribunal correctionnel de Lille, le premier pour détournement de fonds "par négligence", les autres pour "abus de confiance". Une date fixée bien avant la diffusion du reportage. "Je peux avoir été trompé, j'ai pu me tromper" en soutenant "une association qui venait de faire scission avec une mosquée devenue salafiste", a avancé cette semaine l'édile. Guillaume Delbar vient d'être condamné à six mois de prison avec sursis et deux ans d'inéligibilité pour sa participation à un système frauduleux de défiscalisation via des micro-partis. Il a fait appel. Contactée par l'AFP, la préfecture du Nord a refusé de préciser les montants versés par l'Etat à l'association depuis 2016, dont elle demande le remboursement.
