Qu'est-ce qui motive, particulièrement aujourd'hui, un tel retrait du monde; un choix qui s'apparente à une forme de sacrifice? Etre prêtre sous-entend un dévouement total aux autres, une vie de célibataire et la perspective de vivre avec deux tiers du Smic." Celle qui s'interroge ainsi sur le sacerdoce n'est pas la dame KT de la paroisse du Vésinet mais une actrice agnostique sinon athée, Virginie Ledoyen (1). C'était il y a un an, au moment de la diffusion de Au nom du Père, l'émouvant docuportrait que la comédienne a consacré à trois jeunes séminaristes et à leur manière de répondre à "cet appel qui engage toute une vie".

Pourquoi la citer aujourd'hui? Parce que nous sommes en plein retour de la grâce. A moins d'avoir passé les six derniers mois sur le chemin de Compostelle, difficile de ne pas noter comme une accélération de particules catholiques. Qu'un Michael Lonsdale, parfaitement absent du radar médiatique tout au long d'une carrière sous tutelle bunuelo-durassienne, rafle enfin un césar pour son rôle de frère Luc dans Des hommes et des dieux, et soit ainsi autorisé à répandre la bonne parole dans la presse, n'est pas un hasard du calendrier. Précisément au moment où Denis Tillinac publie son Dictionnaire amoureux du catholicisme, et où même cette brebis égarée de Michel Houellebecq accorde que les cathos sont "sympas". Tout cela, en vrac et sans ordre de préférence, coïncidant étrangement avec la véritable profession de foi accomplie par la sandale de moine, définitivement la chaussure indispensable de l'été, et avec l'ascension du monastère comme villégiature idéale du bobo en mal de sens. D'aucuns, comme Danièle Hervieu-Léger, sociologue, coauteur du Dictionnaire des faits religieux (PUF), appellent cela un "timide retour du sacré, porté en ces temps de crise morale par un goût retrouvé pour la tradition, qui ferait de la foi catholique le parfait idéal d'amour, de recherche de paix, avec soi-même et avec le monde. Bénéficiant du même élan de sympathie que le bouddhisme, il y a quelques années." Mais, évidemment, ne rêvons pas, les chiffres ne sont pas au mieux: si 65% des Français se déclarent catholiques, seuls 15 % sont plus ou moins pratiquants (sondage Ifop pour La Croix, 2009). Ce qui nous place en tête des pays européens en matière d'incroyance. Raison de plus pour s'intéresser, à l'heure de la Semaine sainte, à cette génération de néo-cathos. Décryptage de leurs codes, de leurs valeurs et de leur style.

Le catho n'est pas coincé

Il est pompette une fois l'an, lorsque père Jean-Marie lui verse par erreur une double rasade de vin de messe, n'est exalté que lorsqu'il forme les jeunes chefs scouts à la veille de leur premier camp, et ne s'emballe que pour défendre Benoît XVI. Cette personne-là existe toujours, mais elle n'est pas le modèle dominant. Nos amis catho et cathotte sont des jeunes gens modernes aux goûts et aux loisirs idoines. "Il faut vraiment faire cesser le fantasme "Jésus revient" à la guitare, façon fête de patronage, s'agace Sophie, 34 ans. Ça n'existe pas! Je dîne dans des restaurants classiques, je ne me sens pas obligée de manger du poisson le vendredi et j'ai une vie sexuelle "normale", dont le but n'est pas de procréer - car j'ai déjà deux enfants, pas huit - mais de prendre du plaisir." Parfois, ils sont même assez iconoclastes. L'exemple le plus caractéristique est celui de Frigide Barjot. Formant avec son mari Basile de Koch, frère de Karl Zéro, un duo pilier des nuits parisiennes, elle se livre dans Confessions d'une catho branchée (éd. Plon, à paraître le 12 mai). Celle qui organise, avec ses Mauvais Garçons, des soirées catho déjantées au Bus Palladium, a fait son "COC" (coming out catho), en 2009. Passionné et émouvant, son récit est un chant d'amour absolu. Croyante fervente, Frigide passera néanmoins la Semaine sainte à... Las Vegas, mariage d'un proche oblige. "Ça m'a rendue malade, j'ai failli ne pas y aller, mais la réponse est venue de mon fils Bastien, 13 ans: "Te priver de vendredi saint, c'est ton cadeau au Christ."" Au nombre des égéries catho surprenantes et tout sauf coincées, ajoutons Catherine Millet, qui a animé il y a quelques semaines avec Frigide Barjot une "tente de l'amour" lors de l'événement Parvis des gentils, devant Notre-Dame de Paris, auquel participait également un certain Thierry Bizot, cofondateur de la boîte de prod' Elephant & Cie, lui aussi catho born again.

Le catho est décroissant

Vous voyez, ce loden usé jusqu'à la corde, que porte Enguerrand, le petit dernier? Bien sûr qu'il en a hérité de son grand frère, de douze ans son aîné. Quel mal à cela, quand le même dispositif est adaptable à - au hasard - un manteau Carven? Sauf qu'après une enquête approfondie, soyons honnêtes, on n'a pas trouvé ledit manteau. On a en revanche rencontré Anne-Charlotte, 29 ans, reine de la retouche et de la teinture maison: "Je me suis acheté une robe en solde chez Acne, en coton bleu, trop grandes de deux tailles. Je l'ai reprise et, du coup, elle est parfaite. Le jour où je m'en lasserai, pas question de m'en débarrasser, sauf auprès du Secours catholique." Catho et cathotte 2011 sont ainsi parfaitement dans l'air du temps, misant sur la qualité des matières et faisant triompher travaux manuels, recyclage et vintage. Ils ne cèdent pas au diktat des marques, fréquentent les braderies - surtout quand elles sont organisées par la paroisse - et, comme l'explique cette jeune mère jouent "l'équilibre entre fringues neuves genre American Apparel et pièces de braderie ; il ne s'agit pas non plus de traumatiser mon fils de 12 ans." En cuisine, ce n'est pas tant que la néo-cathotte soit une vraie foodista, car "franchement, 18 euros la lichette de lard de Colonnata, c'est une blague", mais elle cuisine les restes comme personne. Son livre de chevet? Les Epluchures, dix façons de les accomoder, aux Editions de l'Epure. Et sa cocotte en fonte, ce n'est pas que de la déco.

Le catho a du style

On ne va pas vous raconter d'histoires: dans l'assemblée, le dimanche, à 11 heures, il y a plus de serre-tête velours vert bouteille que de headbands à plumes. Mais la cathotte 2011 n'est plus forcément habillée comme un sac. Par sac, on entend: pantacourt, mocassin à picots et chouchou-queue de cheval basse. Naturellement, la mode n'est pas sa priorité. Mais, à sa manière raisonnée et intemporelle, elle va, par-delà la tendance, à l'essence du style. Ça tombe bien. Le monacal chic a le vent en poupe. Fait de sobriété, de chemise blanche et de jean bleu marine, de beige et de grège, de cuir naturel, de duffle-coat bien coupé, bref une allure prisée par l'air du temps, quelque part entre Céline et APC.

Le catho est sincère

Bien sûr, il est fier de sa foi (re)trouvée, en parle volontiers mais sans prosélytisme. Catho et cathotte 2011 assument leur émotivité: "Ma mère est morte, mon père est mort, mon meilleur ami est mort... et quoi? s'émeut Frigide Barjot, il ne peut pas n'y avoir rien après, sinon, à quoi bon?"

Ses valeurs, aussi, sont sincères. Il croit à la vertu du dialogue et refuse "la course à l'ambition personnelle". Charles, 35 ans, avocat, marié et père de deux enfants: "Il est évidemment plus simple de se poser toutes ces questions de sens et d'éducation quand on n'a pas de problèmes de fin de mois. J'essaie d'enseigner à mes enfants qu'il ne faut pas être matérialiste. Et, surtout, qu'il faut être attentif aux autres, savoir déceler la richesse intérieure d'une personne qui vous paraît loin de vous." Ces mêmes messages qu'on a toujours entendus mais qui, à l'aune du cynisme et de l'égoïsme ambiants, ont une résonance soudain plus forte. Ou comme le disait Michael Lonsdale: "Face à ce monde qui fait peur par sa rapidité, par son avidité à consommer, par son agitation, la foi est une preuve de résistance."

Et vous? Etes-vous catholique? Vous reconnaissez-vous de cette nouvelle façon de penser la religion?

Ou au contraire la désapprouvez-vous?