Des "quotas" ou "objectifs chiffrés" d'immigrés "professionnels" vont être fixés chaque année, dès l'été prochain, pour que la "France recrute" en fonction de ses besoins de travail, a confirmé mardi sur BFMTV la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, à la veille d'annonces d'Édouard Philippe sur l'immigration. À quoi vont ressembler ces quotas ? Quels métiers seront concernés ? Voici ce qu'il faut savoir sur cette mesure.

1. Pourquoi mettre en place des quotas ?

"En 2019, 150 000 emplois étaient non pourvus faute de candidats, et Pôle emploi estime que 50% des entreprises ont des difficultés à recruter", rappelle Le Parisien. Et ce, alors même que la loi prévoit déjà depuis 2007 que pour certains métiers dits "en tension" (c'est-à-dire sans suffisamment de candidats qualifiés en France), un étranger peut obtenir une autorisation de travail sans que son employeur n'ait à prouver qu'il n'a pas réussi à embaucher un résident français.

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Mais cette liste est obsolète, selon l'OCDE, et les procédures d'immigration professionnelle restent trop complexes pour véritablement fonctionner, assure un document de travail gouvernemental cité par Les Échos.

Pour remédier à ce besoin de main d'oeuvre, Muriel Pénicaud précise donc que des "objectifs chiffrés" seront mis en place pour ces métiers en tension, afin que "ceux qu'on accueille au titre de l'immigration professionnelle correspondent aux besoins qu'on n'arrive pas à pourvoir". Cette mesure interviendra seulement après avoir "vérifié que tous les efforts de formation ont été faits pour permettre à nos demandeurs d'emploi", puis "aux réfugiés", de "prendre ces emplois", promet-elle aussi.

Derrière ces quotas, il y a donc une double philosophie : ne pas concurrencer la main d'oeuvre locale - sujet politiquement inflammable - et, dans le même temps, considérer que "l'immigration peut être une chance" pour combler les besoins en main-d'oeuvre de la France, comme l'a défendu Gabriel Attal sur LCI mardi.

2. Comment ces quotas seront-ils définis ?

Dès l'été prochain, la liste des métiers en tension - déjà existante mais qui n'a pas été réactualisée par le gouvernement depuis 2011 - sera mise à jour. Les premiers quotas "par métiers et par territoire" seront ensuite fixés à partir de cette liste lors d'un débat au Parlement fin 2020, et qui aura lieu chaque année, promet la ministre.

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"On dira 'voilà, il faut tant de couvreurs, tant de géomètres'" pour un territoire donné, mais sans prendre en compte le critère du pays d'origine des travailleurs, ajoute Muriel Pénicaud. Ces quotas ne devraient pas être "limitatifs", précise le document de travail cité par Les Échos. Il ne s'agit donc pas de fixer un seuil maximum de migrants, mais de définir des objectifs cibles par métier et région. Par ailleurs, l'immigré "professionnel" aura "un visa de travail pour une durée déterminée et un travail déterminé", a précisé la ministre.

Une première réunion de méthodologie sur l'élaboration de cette liste se tiendra le 18 novembre, précise son entourage. En plus de Pôle emploi, le gouvernement travaillera "avec les partenaires sociaux et les régions" pour réactualiser la liste des métiers en tension, a promis la ministre.

3. Quels seront les métiers concernés ?

Ceux qui figureront dans la liste actualisée des métiers en tension. La liste actuelle cible, entre autres, les cadres de l'audit et du contrôle comptable, les métiers liés à l'intervention technique et à la fabrication de l'ameublement et du bois, le dessin BTP, les ingénieurs production et exploitation des systèmes d'information, les métiers du téléconseil et de la télévente... Mais l'OCDE estime que seuls 15% de ces métiers sont encore en tension. Il y a donc fort à parier que la liste évolue drastiquement.

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Une enquête de 2015 sur les besoins en main d'oeuvre réalisée par Pôle Emploi estime que les dix métiers où il est le plus difficile de recruter en France sont : carrossier automobile, géomètre, régleur, couvreur, charpentier, vétérinaire, aide à domicile et aide ménagère, mécanicien et électronicien de véhicule, agents qualités de traitement thermique et de surface, et dessinateur en électricité et en électronique.

4. Est-ce que ça existe déjà à l'étranger ?

Muriel Pénicaud a assuré que le projet français s'inspirait des modèles australien et canadien, pionniers dans l'établissement d'une politique de quotas migratoires. Mais ces modèles sont en réalité assez éloignés de ce que semble proposer le gouvernement.

Dans ces deux pays, un système à points permet d'évaluer la candidature d'un immigrant potentiel en fonction de son âge, de ses compétences, de ses expériences professionnelles, de sa connaissance de la langue du pays...

Le Canada fixe par ailleurs un seuil maximum d'immigration à ne pas dépasser dans l'année, quelle que soit l'origine de cette dernière. Le dernier plan adopté prévoit un objectif de 330 800 entrées légales pour 2019, 341 000 en 2020 et 350 000 en 2021 - des chiffres supérieurs aux premiers titres de séjours délivrés chaque année en France. Parmi ce nombre, l'immigration économique représente 57% des prévisions, assure L'Opinion, les autres arrivées étant liées au regroupement familial ou au droit d'asile.

L'Australie double par ailleurs sa politique à l'égard des migrants économiques d'une sévérité envers les réfugiés et les clandestins. Même quand la demande d'asile des migrants est acceptée, ils ne peuvent mettre le pied sur le sol australien, étant exilés dans des camps de rétention reculés du Pacifique, à Nauru et en Papouasie-Nouvelle-Guinée.