C'est un syndicat créé fin 2018. Mais, jusqu'à récemment, Avenir lycéen n'avait pas fait parler de lui. Comme le rapportait Mediapart début novembre, ce syndicat, qui se revendique "apolitique", défend des positions pro-gouvernementales et "présente la particularité d'être dirigé par plusieurs lycéens qui sont aussi engagés chez les Jeunes avec Macron". Avenir lycéen est épinglé pour son train de vie fastueux, permis grâce aux subventions reçues par le ministère de l'Education nationale, et sa proximité avec le ministre Jean-Michel Blanquer. Toujours selon le site d'information, dans un article paru ce samedi 21 novembre, le ministère de l'Éducation nationale avait été mis au courant de ces dépenses injustifiées en juillet dernier.

Dans un article publié ce samedi, Libération dévoile des nouveaux éléments sur cette structure pilotée depuis la Rue de Grenelle pour servir la communication et les intérêts du ministère et contrecarrer la mobilisation contre la réforme du bac. Le point sur cette affaire en quatre questions.

Que reproche-t-on à ce syndicat ?

Selon une enquête publiée le 8 novembre par Mediapart, Avenir lycéen a reçu une subvention de 65 000 euros de la part du ministère de l'Éducation nationale. Avec cet argent, le syndicat lycéen devait mener des actions de sensibilisation sur plusieurs thématiques et organiser, surtout, son congrès fondateur, qui aurait dû concentrer les deux tiers de la subvention (40 056 euros), selon la convention d'objectifs signée avec le ministère", écrit Mediapart. Problème : ce congrès n'a jamais eu lieu.

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Le site d'information révèle qu'Avenir lycéen a dilapidé une bonne partie des 65 000 euros de subventions reçus en 2019 en frais de bouche, déplacements, et autres dépenses dans des bars et hôtels de luxe. Sans oublier les achats de matériel informatique : un iPad, un iMac et un vidéoprojecteur ont ainsi été acquis, pour un peu plus de 8400 euros. L'iMac et le vidéoprojecteur sont gardés chez "un cofondateur du syndicat, qui n'a aucune fonction exécutive dans la structure".

Plus étonnant encore : alors que le ministère a été alerté cet été sur le train de vie fastueux du syndicat, Avenir lycéen devait recevoir une nouvelle subvention de 30 000 euros pour 2020. Cette somme conséquente interroge, alors que d'autres syndicats étudiants, classés à gauche, bénéficient quant à eux de subventions moins importantes, voire n'en touchent aucune cette année.

Basé sur de nombreux témoignages d'anciens adhérents de cette organisation lycéenne, l'article de Libération évoque de son côté les liens du numéro deux du ministère à l'époque, Jean-Marc Huart, avec les responsables d'Avenir lycéen. Selon nos confrères, des rectorats participaient à l'écriture de communiqués du syndicat, systématiquement favorables aux réformes du ministère.

Que répond Avenir lycéen ?

Interrogés par Mediapart, les membres du syndicat ont donné des explications pour le moins confuses. Plusieurs jeunes ayant occupé le poste de président assurent ne pas avoir eu accès aux comptes et ne pas avoir validé de telles dépenses. Deux d'entre eux ont expliqué que c'était "le trésorier du syndicat qui possédait la carte et l'accès au compte". Lui a affirmé que "toutes les dépenses avaient été validées".

Au lendemain de la parution de l'article de Mediapart, le syndicat avait réagi sur Twitter (le compte est désormais inaccessible) en dénonçant des "faits non avérés" imputés aux "mandatures précédentes", et annoncé la démission de huit de ses dirigeants. "Dans ce contexte, il ne nous est plus possible de représenter au mieux les intérêts de tous les lycéens", ont-ils écrit.

Quelles explications apporte le ministère de l'Éducation nationale ?

Le ministère de l'Education nationale, qui est censé vérifier que les subventions qu'il verse sont utilisées comme convenu, a répondu à Mediapart qu'il n'y avait eu "aucun laxisme du ministère dans le contrôle financier de cette association comme pour les autres".

Après ces révélations, une enquête administrative a été ouverte par le ministère de l'Éducation. Interrogé par l'AFP jeudi 12 novembre, il a assuré qu'un "contrôle sur pièces" sera lancé sur l'utilisation de ces subventions "afin de vérifier ce qui s'est passé".

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Edouard Geffray, directeur général de l'enseignement scolaire (DGESCO), le numéro 2 du ministère, a d'ailleurs affirmé à l'AFP que "s'il y a eu des dépenses anormales, problématiques, on en tirera toutes les conséquences". "Pour le moment, la subvention de 30 000 euros prévue au titre de 2020 n'a pas été versée", a-t-il par ailleurs précisé. Selon Edouard Geffray, il n'y a pas eu de favoritisme : "Avenir lycéen est une organisation représentative au Conseil supérieur de l'éducation", a-t-il souligné. Or les subventions sont accordées en fonction d'une "grille d'analyse" dont fait partie la représentativité, ainsi que la nature des projets ou des actions prévus.

Mais Mediapart dévoile ce samedi que le ministère de l'Education était au courant de ces dérives. Un ancien membre d'Avenir lycéen a en effet adressé un courriel à ce sujet au délégué national à la vie lycéenne (DNVL), Christophe Brunelle, le 25 juillet dernier. Il y écrit notamment : "Il est important de noter que les diverses rencontres ne sont pas des journées de travail acharnées mais se révèlent être au contraire des moments de convivialité entre amis au sein d'Avenir lycéen."

Selon Mediapart, "à son retour de congé le 27 juillet, le DNVL Christophe Brunelle n'a pas immédiatement enterré le courriel qui lui a été envoyé deux jours plus tôt. Il a même évoqué le jour même la situation financière d'Avenir lycéen avec une ancienne présidente du syndicat et militante des Jeunes avec Macron." Pourtant, malgré cette alerte, le ministère de l'Éducation nationale n'a pas pris de mesure et s'est contenté de "sensibiliser" le syndicat "au bon usage d'une subvention publique".

Comment a réagi l'opposition ?

Les députés LFI et plusieurs communistes ont réclamé vendredi 20 novembre une commission d'enquête parlementaire sur le lien du syndicat Avenir lycéen avec le "pouvoir exécutif". "Nous déposons une proposition de résolution visant à la création d'une commission d'enquête sur l'activité du syndicat Avenir Lycéen, ses liens avec le pouvoir exécutif et les actions de contrôle du ministère de l'Éducation nationale sur ses membres et son action", ont indiqué les élus insoumis, auxquels se sont associés plusieurs députés PCF.

De nombreux responsables politiques ont réagi. "Le ministre doit s'expliquer sans délai", estime ainsi sur Twitter le député socialiste Boris Vallaud. Pour le député écologiste européen David Cormand, "ces révélations révèlent utilement les valeurs pédagogiques de ce Gouvernement : corrompre des élèves pour qu'ils ou elles renoncent à leurs convictions. Cette sale 'leçon' d'instruction civique du ministre à nos enfants est une faute morale impardonnable", regrette-t-il sur Twitter.

L'article de Libération a également provoqué un tollé chez les syndicats lycéens, dont certains accusent directement Jean-Michel Blanquer. Dans un communiqué, la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL) a dénoncé un "dévoiement total de la cause syndicale et une insulte faite aux jeunes dont le ministère aurait organisé l'étouffement de la parole face à des réformes du bac et du lycée catastrophiques". Le Mouvement national lycéen (MNL) voit lui dans "Avenir lycéen une entreprise politique n'ayant pas hésité à manipuler certains de nos jeunes camarades lycéens (...) afin de servir les intérêts du ministre". Quant à l'Union nationale lycéenne (UNL), qui avait annoncé une plainte après les révélations de Mediapart, son président Mathieu Devlaminck a assuré sur Twitter qu'Avenir Lycéen était un "instrument de Jean-Michel Blanquer" pour "faire taire" son syndicat.