Il y a quatorze ans, la France disait adieu au service militaire obligatoire. Et s'il était remplacé par un service civique obligatoire pour les jeunes adultes? Une large majorité de Français y serait favorable, si l'on en croit le sondage réalisé par Odoxa révélé ce samedi par iTélé et Le Parisien / Aujourd'hui en France.

Quelque huit Français sur 10 se disent en effet favorables à un service civique obligatoire. Ils estiment qu'un tel dispositif permettrait d'améliorer la cohésion nationale. Quelque 77% des personnes interrogées pensent que cette expérience renforcerait le sentiment d'appartenance à la France et à la république, et 69% sont d'accord pour dire que cela susciterait chez les jeunes l'envie d'un engagement citoyen, associatif ou politique.

Les jeunes moins emballés

Ces résultats font écho à un autre sondage, publié la semaine dernière, dans lequel huit Français sur dix se disaient favorables à un nouveau service national, mais pas forcément militaire. On peut notamment y voir une réaction aux attentats sanglants de Paris, début janvier.

Si les pro-service civique obligatoire sont plus nombreux chez les sympathisants de droite (89%), la tendance est élevée chez ceux de gauche également (73%). Les premiers concernés, en revanche, sont moins enthousiastes: parmi les 18-24 ans, ils ne sont plus que 62% à y être favorables et plus d'un tiers y sont carrément opposés.

Service civique, mode d'emploi

Mais au fait, qu'est-ce que le service civique ? Il s'agit d'un engagement volontaire au service de l'intérêt général, créé en 2010 sous l'impulsion de Martin Hirsch. Il s'agissait justement de combler le vide laissé par le service militaire obligatoire, longtemps considéré comme un outil d'intégration nationale. En France, le service civique est ouvert à tous les jeunes de 16 à 25 ans sans condition de diplôme. Ceux souhaitant partir effectuer leur service civique à l'étranger doivent être majeurs.

Les missions, proposées par des organismes agréés à but non lucratif, durent en général entre 6 et 10 mois mais peuvent s'étendre à deux ans. Il s'agit d'animer des séjours de vacances pour personnes handicapées, de valoriser la mémoire d'un territoire, d'effectuer des actions de médiation en matière de santé, ou encore d'aider à faire connaître une monnaie locale.

Le jeune engagé n'est ni salarié ni bénévole, mais volontaire. Il est indemnisée 573 euros par mois. Les frais de transports et d'alimentation sont pris en charge par l'organisme d'accueil, pas l'hébergement. Un type d'engagement plus accessible à des jeunes vivant encore chez leurs parents, ou qui ne sont pas encore actifs.

Un projet irréaliste ?

Autre problème soulevé par François Chérèque, président de l'Agence du service civique : une généralisation de ce volontariat à tous les jeunes paraît peu réalisable. D'abord en raison de son coût. "Si on veut faire un service civique obligatoire avec rémunération, c'est trois milliard d'euros", expliquait-il jeudi au micro de France Inter. Selon lui, 600 millions d'euros seraient nécessaires pour satisfaire toutes les demandes. L'an dernier, l'Agence du service civique n'a pas répondre qu'à 35 000 demandes sur 120 000 dossiers.

Au-delà de la faisabilité financière d'un tel projet, François Chérèque voit dans le caractère obligatoire un contresens: "Pourquoi punir le jeunesse ? (...) La citoyenné, c'est un engagement", indique-t-il, arguant qu'un débat avec les jeunes serait le préalable à toute proposition. L'adhésion du peuple semble aussi être une condition pour François Hollande. Un conseiller du président de la République indiquait jeudi à RTL que "si on choisit de contraindre les jeunes adultes", un référundum serait nécessaire.