"Marshmallow", "ice candy", "choco noisette"... Avec ses saveurs enfantines, sucrées ou fruitées, ses emballages aux couleurs vives évoquant des friandises, son petit prix allant de 8 à 12 euros pour 500 bouffées, la "puff", qui existe sous une vingtaine de marques, est un succès commercial indéniable. Cette cigarette électronique jetable cible les adolescents, alors que l''e-cigarette est interdite aux mineurs.
La "puff" aurait été créée par deux Américains et commercialisée pour la première fois début 2020, sur la côte ouest des Etats-Unis, avant d'être rachetée par des groupes chinois. Elle est arrivée sur le marché français courant 2021. Elle est aussi commercialisée sur Internet ou dans des vapostores. Les ventes de "puff" représentent déjà, pour certains buralistes, la moitié de l'activité générée par la cigarette électronique : celle-ci leur amène 140 millions d'euros sur 3,6 milliards de chiffre d'affaires brut annuel.
La "puff" est de plus en plus répandue auprès des collégiens et lycéens : 2/3 des adolescents âgés de 13 à 16 ans ont déjà entendu parler de cette cigarette électronique et plus d'1/3 affirme savoir précisément de quoi il s'agit, selon une étude dévoilée ce mardi 25 octobre par l'institut de sondage BVA pour l'Alliance contre le tabac (ACT), une fédération d'associations de lutte contre le tabagisme Parmi les jeunes interrogés dans cette étude âgés de 13 à 16 ans, 13% d'entre eux ont déjà utilisé la "puff", soit la même proportion de jeunes ayant déjà fumé une cigarette classique ou électronique, et 9% indiquent en avoir déjà acheté.
"Un moyen de transformer nos jeunes en fumeur de demain"
Mais cette cigarette électronique est une bombe à retardement sanitaire et écologique. Elle risque en effet de faire tomber les mineurs dans l'addiction à la nicotine. "De plus en plus populaire sur les réseaux sociaux, elle a une image plutôt positive et inoffensive auprès des jeunes", alors qu'elle peut contenir jusqu'à 20 mg/ml de nicotine, substance addictive, et peut ainsi "être une porte d'entrée" vers la cigarette pour les adolescents, s'alarme l'Alliance contre le tabac.
Selon l'étude de BVA pour l'ACT, parmi les adolescents utilisant la "puff", 28% d'entre eux ont commencé leur initiation à la nicotine à travers ce produit et 17% d'entre eux se sont ensuite tournés vers une autre forme de produit de la nicotine ou du tabac. "Ne nous voilons pas la face : les fabricants n'ont jamais eu l'intention de faire de la 'puff' un outil de sevrage mais bien un moyen de transformer nos jeunes en fumeur de demain par le biais de ce nouveau produit de la nicotine hautement addictif", regrette Loïc Josseran, président de l'ACT-Alliance contre le tabac, médecin et chercheur en santé publique, cité dans le communiqué.
Selon lui, il s'agit même d'un "piège", lâche-t-il auprès du Parisien. "Ce produit est une insulte à la jeunesse, on lui présente un gadget qui l'intoxique", déplore-t-il. "Les adolescents sous-estiment la nocivité de ce produit : composé de sels de nicotine, l'utilisation de la 'puff' augmente les risques de développer une inflammation des voies respiratoires et impacte les acquisitions cognitives des plus jeunes", relève également l'ACT.
"On en trouvera de plus en plus dans l'environnement"
La "puff" pose aussi un problème environnemental : ce "produit plastique jetable, avec une batterie" au lithium, est un "déchet que l'on commence à retrouver sur les plages", rapporte auprès de l'AFP Diane Beaumenay-Joannet, chargée de mission sur le plastique au sein de l'ONG Surfrider. "Parce que c'est jetable et moins cher qu'un paquet de cigarettes, et parce que la cible est jeune, on en trouvera de plus en plus dans l'environnement", relève-t-elle, pointant du doigt "le manque de communication sur le fait qu'il faut la ramener dans une poubelle adaptée".
Aller vers des "produits plus éco-conçus et plus durables", nécessiterait de réviser la directive européenne sur les produits plastiques à usage unique, ce qui n'est "pas à l'ordre du jour", déplore Diane Beaumenay-Joannet. Selon elle, "la 'puff'' aura le temps d'inonder le marché et de produire beaucoup de nouveaux déchets".
La Confédération des buralistes, qui réunit ses adhérents pour son congrès annuel jeudi et vendredi à Paris, se réjouit du "dynamisme des ventes de ce nouveau produit", déclare à l'AFP son président Philippe Coy. Mais elle déplore aussi "le marketing fait autour de la 'puff'', avec un ciblage bien déterminé sur une population jeune", souligne-t-il. "Cela nous met dans une situation très délicate : des influenceurs ont communiqué sur TikTok, cela a créé une demande que l'on doit refuser, ce qui est assez compliqué pour nous au quotidien", rapporte-t-il.
Au printemps, le ministère de la Santé avait adressé un signalement au Parquet, au vu de la "forte promotion" de la "puff" sur "des réseaux sociaux fréquentés majoritairement par des jeunes". Les quelque 23 500 buralistes du territoire sont souvent épinglés : fin 2021, le Comité national contre le tabagisme (CNCT) affirmait, après une enquête "clients mystères" avec des jeunes de 17 ans, que six sur dix enfreignaient l'interdiction de vente de tabac aux mineurs.
"L'interdiction immédiate" réclamée par l'Alliance contre le tabac
Pourtant, respecter l'interdiction de vente aux mineurs sur les quatre produits commercialisés par les buralistes, tabac, cigarette électronique, alcool et jeux d'argent, fait partie de "l'engagement" d'une profession qui pourrait aussi se voir confier "demain, de nouvelles gammes de produits dits sensibles", estime Philippe Coy.
La Confédération des buralistes a "créé un groupe éthique pour remettre de l'ordre : c'est bien qu'on est face à une difficulté, on en est conscients... cela n'est pas très populaire (au sein du réseau) mais c'est aujourd'hui le chemin que l'on prendra", concède Philippe Coy.
De son côté, l'ACT-Alliance contre le tabac réclame purement et simplement "l'interdiction immédiate" de la "puff", "aussi néfaste pour la santé de nos enfants que pour notre environnement". "L'interdiction de la vente des cigarettes électroniques jetables en France est la bonne décision à prendre si nous ne souhaitons pas voir s'accélérer cette épidémie pédiatrique de l'addiction à la nicotine", souligne la fédération d'associations de lutte contre le tabac.
L'inquiétude autour de la "puff" ne fait toutefois pas l'unanimité. Interrogé par Le Figaro, Jean Moiroud, président de la fédération interprofessionnelle de la Vape, considère que ce produit peut dissuader toute une génération de fumer des "vraies" cigarettes. "En France, l'âge moyen d'entrée dans le tabac est entre 13 et 15 ans, parce que c'est un âge où l'on cherche à faire de nouvelles expérimentations. Peut-être que la 'puff' peut répondre à cette demande tout en dissuadant l'adolescent de consommer un produit cancérigène : le tabac", veut-il croire.
