La psychose Omicron, la cacophonie bourdonnante devenue assourdissante à force d'être répétée en boucle, les festivités de Noël devenues les "angoissades" de fin d'année - de crainte de contaminer, d'être contaminé - et le sentiment de lassitude partagée par la majorité des Français ont certainement atténué deux événements qui nous disent combien la violence est dorénavant décomplexée. En ces temps de bonnes résolutions, nous devrions prendre une décision collective et nous y tenir fermement : le refus de la violence, verbale ou physique, élection présidentielle ou pas.

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Je n'ai pas regardé le spectacle Hanouna-Zemmour. Je refuse de m'infliger ce qui m'attriste le plus : la politique réduite aux jeux du cirque. Mais les coulisses de l'émission, pour ne pas dire ses caniveaux, se sont répandues sur les réseaux sociaux avec une vitesse proportionnelle à la vulgarité et à la brutalité du contenu. On y voit un jeune soutien d'Eric Zemmour, encerclé et pris à partie par ceux de Jean-Luc Mélenchon. A la différence que le premier a arrêté ses études de droit pour cause de poussée irrépressible de militantisme, alors que les seconds, Raquel Guarrido et Alexis Corbière, sont des politiques aguerris, l'une devenue porte-parole (très) bruyante - pour rester polie - sur les pires plateaux d'empoigne, tandis que l'autre est député.

Si j'insiste sur la place de chacun, c'est qu'être élu de la République vous oblige - normalement. Même si je sais, depuis la fameuse perquisition, que "la République c'est moi !" et que les boursouflures de langage et d'idées sont monnaie courante en "France insoumise", je ne m'attendais pourtant pas à les entendre beugler un florilège d'invectives définitivement situées au-dessous de la ceinture. La médiatique épouse du député mélenchonien a agoni l'idolâtre zemmourien sous les caméras des smartphones tenus par des bras avides d'exploiter, dans l'un comme l'autre camp, les retombées de la baston - sans être ébranlée, ne serait-ce qu'un instant, par la possibilité d'encombrer le débat en y déversant une telle boue.

"Tout participe à abîmer la démocratie"

Quelques jours plus tard, une vidéo circule sur les mêmes réseaux sociaux où des fans décérébrés d'Eric Zemmour prennent Guarrido et Corbière pour cibles, avec armes et postures paramilitaires, tandis que, dans la vraie vie, des "militants" zemmouriens tambourinent sauvagement à la porte de l'inénarrable Sandrine Rousseau, avant de placarder son mur extérieur de tracts à l'effigie du candidat, qui a bien du mal à se débarrasser de ce qu'il a engendré par le discours. Ses sérieuses condamnations n'y changeront rien : Eric Zemmour a largement aidé à décomplexer la violence dans l'espace public - déjà bien labouré par les fantasmes de table rase des Insoumis.

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Tout participe à abîmer la démocratie : les menaces, les commandos d'intimidation, les grasses insultes, les postures miliciennes, le vocabulaire guerrier, toute cette atmosphère d'"il est trop tard, alors allons-y" - mais où, enfin ? Où, si ce n'est vers les interdits ubuesques, les strictes hiérarchies, le racisme à toutes les sauces séparatistes ? Où, si ce n'est là où il n'y a plus ni émancipation, ni culture, ni beauté, ni Histoire ? Où, si ce n'est là où l'idéologie l'a emporté sur la raison ?

Il faut cesser d'encourager, de légitimer, de relayer ces séquences affligeantes qui nous promettent l'absence de politique et le concours de punchlines, la fin du débat contradictoire et la généralisation des dispositifs "seul contre tous", où journalistes, politiques, contradicteurs et soutiens se relayent dans l'espoir d'ébranler ou de grandir un candidat gladiateur qui férocement montre les muscles plus que de raison pour marquer des points et s'incruster, par l'excès et l'approximation, le lyrisme et l'apocalypse, dans la psyché de l'électeur. Il faut cesser ce cirque de la surenchère, d'"il n'y a que la violence qui soit comprise", d'hypnose collective par la peur, d'absence cruelle d'un lendemain possible à travers nos choix politiques.

L'espoir se dérobe car l'horizon est bouché par les cris, les injures, les dopés du show politique, les "moi avant ou sinon le chaos", au choix : climatique, social, sociétal, national, international, tout le monde en est ! L'union des camelots de la peur ! Si Voltaire pensait que "l'espérance est un aliment de notre âme, toujours mêlé du poison de la crainte", le danger pour 2022 est que la crainte se répande en flattant le pire en chacun : notre facilité à tomber dans la violence.