Deux semaines après l'assassinat de l'enseignant Samuel Paty, décapité pour avoir montré à ses élèves des caricatures du prophète Mahomet, dans le cadre d'un cours sur la liberté d'expression, Brahim Issaoui, un Tunisien de 21 ans, a assassiné trois personnes à l'intérieur de la basilique Notre-Dame de l'Assomption de Nice, jeudi 29 octobre. Un sacristain dévoué pour sa paroisse, une mère célibataire brésilienne "symbole de joie de vivre", une sexagénaire mère d'enfants adultes : voici les portraits des trois victimes, dressés par leurs proches.

Vincent Loquès

Sacristain présent dans l'église lors de l'attaque, Vincent Loquès aurait eu 55 ans vendredi. C'était le jour de son anniversaire, le 30 octobre, selon Franklin Parmentier, le curé de la paroisse. "Il prenait soin de cette église pour qu'elle soit belle, qu'elle soit propre", raconte-t-il. Tous les jours, le sacristain ouvrait les portes de l'édifice aux fidèles et aux passants. "C'était un brave garçon, plein de dynamisme", raconte l'ancien curé de la paroisse, Jean-Louis Gordian.

Le sacristain de Notre-Dame était remarié. Il avait deux grandes filles avec sa première épouse, l'une infirmière et l'autre puéricultrice. Selon le père Gil Florini, curé-doyen de Nice, Vincent Loquès était sacristain depuis une vingtaine d'années, d'abord à l'église Jeanne-d'Arc puis, depuis dix ans environ, à Notre-Dame : "C'était quelqu'un de gentil, ouvert, un garçon ordinaire dans le bon sens du terme".

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Ludovic Balade voyait tous les matins le quinquagénaire prendre son café en terrasse près de Notre-Dame de l'Assomption : "Il avait toujours le sourire, il était tout le temps là pour les autres, pour son quartier et sa basilique", insiste-t-il après avoir déposé en sa mémoire un petit bouquet de roses blanches à l'entrée de l'église.

Selon le trésorier de la basilique Jean-François Gourdon, Vincent Loquès était issu d'une "famille d'ecclésiastiques". Il raconte avoir reçu "217 messages vocaux et plus de 300 textos" demandant des nouvelles de Vincent Loquès. Le sacristain qui a travaillé dans le BTP était "bricoleur" et fabriquait des crèches "somptueuses", souligne Gourdon.

Simone Barreto Silva

Les autorités brésiliennes ont confirmé le décès lors de l'attaque de l'une de leurs ressortissantes, dénommée Simone Barreto Silva, selon des proches. Elle est morte quelques minutes après s'être réfugiée blessée dans un restaurant à proximité de la basilique.

Agée de 44 ans, elle vivait en célibataire à Nice avec ses trois enfants dont deux en bas âge selon ses voisins, dans le quartier populaire de Gambetta. "Simone était une femme extraordinaire, toujours souriante, elle parlait bien à tout le monde, elle venait souvent manger chez nous avec sa famille et sa soeur, ce sont des gens bien", raconte Angela Tavarès qui tient un bar-restaurant cap-verdien au rez-de-chaussée de l'immeuble où vivait la victime.

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Ancienne danseuse de samba, Simone Barreto Silva, s'arrêtait souvent prendre un café dans l'établissement de Mme Tavarès avant d'aller chercher ses enfants à l'école. "Elle aimait bien les picanhas, une spécialité brésilienne de viande bovine. L'autre jour, on a mis la musique et on était en train de danser avec elle", raconte la restauratrice, en pleurs.

"On l'avait accompagnée dans le cadre de notre projet 'Des étoiles et des femmes', raconte Nathalie Moya, qui coordonne, au sein de l'association Forum Jorge François, à Nice, l'accompagnement des femmes vers un CAP cuisine. "Elle a réussi son diplôme il y a deux ans et voulait monter son restaurant", précise-t-elle, se souvenant d'une femme "solaire", "toujours en train de prendre les gens dans ses bras". "Elle aimait tout le monde et elle était aussi très croyante. Si on avait envie de toucher un symbole, celui de la joie de vivre, on ne pouvait pas mieux trouver", note Nathalie Moya.

Nadine Devillers

La troisième victime est une femme de 60 ans, Nadine Devillers, a indiqué une source proche du dossier confirmant une information du quotidien Nice-Matin. Mariée et mère d'enfants aujourd'hui adultes, elle fréquentait régulièrement l'église, selon une source proche du dossier. "C'était la gentillesse avec un grand G", a décrit auprès du journal local Joëlle Guichard, "sa meilleure amie depuis trente ans".

Nadine Devillers "allait souvent prier pour les gens qu'elle aimait", raconte cette proche, qui poursuit : "De temps en temps, elle brûlait un cierge. C'était une femme qui aimait les autres. Elle donnait tout pour les autres. Elle allait prier pour son mari, pour moi... Pour qu'on soit heureux. Elle faisait le bien autour d'elle. C'était juste de l'amour, cette femme."