"C'était très violent." Sophie et Nicolas sont les parents d'un bébé de deux mois. Lundi 10 avril, ils ont dû quitter un commissariat parisien plus tôt que prévu pour aller nourrir leur enfant. Sophie avait pourtant demandé aux policiers si elle pouvait allaiter dans leurs locaux. Mais les agents avaient refusé, raconte Rue89 ce jeudi.

"Choqué", le couple de trentenaires a mis en ligne une pétition. En moins de quatre jours, ils ont reçu plus de 11 000 signatures. L'ancienne ministre du Logement, Cécile Duflot, l'a même partagée sur Twitter.

Accusés d'être de "mauvais parents"

La scène s'est déroulée devant un commissariat du 2e arrondissement. Alors que Sophie, Nicolas et leur enfant patientent dans la file d'attente -ils sont venus faire des procurations pour l'élection présidentielle-, leur fils "commence à montrer des signes de faim". "Dans ces cas-là, on sait qu'il faut réagir vite", indique le père à L'Express.

Sophie demande alors à une jeune policière si elle peut s'asseoir et allaiter le bébé. "Elle nous répond qu'elle va demander. Une minute après, gênée, elle revient accompagnée d'un policier qui prend immédiatement le parti de nous agresser", écrit Sophie sur le site change.org. "Sa réponse? 'Il est hors de question que vous allaitiez en public ! Vous n'allez pas imposer ça aux gens.'"

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Un deuxième policier se présente à eux. "Je prends mon courage à deux mains et lui explique qu'à mes yeux, c'est une honte de refuser à quelqu'un de nourrir son bébé", raconte Sophie. "Et là, choc absolu: le policier nous accuse d'être de mauvais parents pour avoir emmené notre fils dans un commissariat. Selon lui c'est notre comportement qui est honteux, notre fils devrait être à la maison."

"C'est inacceptable"

"En tant que jeunes parents, on est assez vulnérables. C'est la première fois qu'on élève un enfant. Alors entendre ce jugement moral, surtout de la part de personnes qui détiennent l'autorité, c'est quelque chose de très violent", nous explique Nicolas. "Il y a une forme d'incompréhension. On ne s'attendait pas du tout à ce que les policiers refusent qu'on nourrisse notre enfant. En plus, ce sont des personnes qui, d'habitude, aident les gens. C'est inacceptable", ajoute-t-il.

"Non seulement, ces hommes qui sont garants de notre sécurité à tous et a priori porteurs de notre confiance, ont échoué à offrir un endroit sûr et accueillant à une jeune mère et à son enfant, mais ils ont en plus tenté de l'humilier publiquement", note de son côté Sophie, dans le texte qui accompagne la pétition.

"On n'est pas dans une logique de punition"

Cette dernière leur a permis "d'exorciser" la mésaventure et de "recueillir des soutiens". "Ce qui nous touche, ce sont les commentaires. Plein de gens prennent position et c'est agréable", explique Nicolas. "On n'est pas dans une logique de punition ou de confrontation", insiste le jeune père. "On veut seulement faire en sorte que ça ne se reproduise pas."

La municipalité du 2e arrondissement de Paris a contacté le couple. "Le maire va discuter avec la commissaire de l'établissement", leur a-t-elle annoncé. Jointe par L'Express, la préfecture de police de Paris affirme que le policer a refusé la requête du couple car l'affluence était "forte ce jour-là du fait des procurations" et "les conditions d'hygiène" n'étaient pas "adaptées à la situation". Elle regrette cependant "de n'avoir pas pu donner satisfaction à cette famille dont la demande était bien compréhensible".