Ce mardi 25 octobre fut l'une de mes plus belles matinées de cet automne 2022. D'abord parce qu'il faisait beau et doux et qu'il était inutile d'ouvrir le parapluie. Ensuite, parce que l'agenda médiatique ne débordait pas (trop) de mauvaises nouvelles. Mais surtout, surtout, parce que WhatsApp est tombé en panne. Ne croyez pas que je sois technophobe ou militante anti-Facebook, je passe mes journées sur un ordinateur, un téléphone et toutes les déclinaisons possibles. Simplement, ces quelques heures ont constitué une parenthèse enchantée dans notre vie moderne où pas une minute (ou presque) ne s'écoule sans que l'on reçoive un message, une notification, une photo ou une vidéo.

Le bonheur a commencé dès le métro. Notre trajet est assez bref, mais depuis que les rames sont connectées à Internet, nous avons régulièrement droit à ceux qui n'aiment rien tant que de communiquer en mode vidéo avec leurs amis ou leurs familles. Le temps de quelques stations de métro, nous subissons l'intégralité d'un échange souvent animé, parfois à la limite de l'engueulade. On n'ose pas suggérer à ces voisins sans gêne le port d'un casque. Trop peur de passer pour une vieille grincheuse ne supportant rien. Après tout, les conversations entre deux personnes en chair et en os ne nous dérangent pas. Quelle différence ? Mais on l'avoue, ce matin, on a apprécié de ne pas être invitée dans l'intimité de nos partenaires de transports en commun.

Marcher droit sans téléphone

Sur le trajet jusqu'au bureau, on a découvert une autre vertu à la panne. Privés de leur messagerie préférée, les amateurs regardaient enfin le monde autour d'eux. Habituellement, ils marchent au rythme de leurs téléphones, s'arrêtant brusquement et sans regarder autour d'eux dès qu'ils reçoivent un message. Ils zigzaguent de droite à gauche sur le trottoir au fil de la réponse qu'ils sont en train de rédiger, empêchant quiconque de les doubler, rouspétant lorsque quelqu'un leur rentre dedans comme s'ils n'étaient pas responsables de la collision et de leur infortune. Enfin, faute de messages à regarder et à lire, ils filaient droit ! Mieux, certains d'entre eux nous adressaient les sourires qu'ils réservent habituellement à leurs écrans et aux photos que leur mère/ cousin/ meilleur pote vient de leur envoyer.

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Arrivée à l'étage du bureau, on a entendu pas mal de gens râler. Forcément, nos collègues ont pour habitude d'avoir la plupart de leurs échanges via whatsApp. Pourquoi cette messagerie-là plutôt qu'une autre ? Simplicité, facilité à envoyer des photos et à créer des groupes, habitude prise au fil des ans tout simplement. C'est par ce moyen qu'ils préparent les réunions, envoient leurs propositions de sujets, répondent ou échangent quelques petites blagues. Et ce matin, plus rien. On les a trouvés désemparés. On leur a suggéré d'utiliser une des autres multiples messageries instantanées dont ils disposent (Slack, Messenger, Teams...) On a même osé parler de simples SMS. On s'est pris des grimaces en guise de réponse. On n'a pas bien compris quelle était la différence fondamentale entre ces applis qui empêchait de passer de l'une à l'autre. On n'a pas cherché à approfondir.

De notre côté, on a retrouvé le plaisir de la conversation et de la machine à café. Jusqu'au moment où on a voulu parler en toute discrétion. On a alors découvert qu'il n'y avait plus de recoins à l'étage pour s'isoler et, plus grave encore, qu'à force d'écrire, on ne savait plus chuchoter. Et, miracle, à ce moment-là, WhatsApp s'est remis à fonctionner ! Le travail a repris son rythme. Notre mère a pu envoyer des dizaines de photos de ses vacances au Portugal, notre soeur, les premiers pas de son nouveau-né et nos potes, des dizaines de messages pour caler le jour, puis l'heure, puis le lieu de notre prochain apéro. Très vite, on n'arrivait plus à suivre le rythme. Dis, WhatsApp, c'est quand la prochaine panne ?