Le projet très controversé avait suscité de nombreux débats. Une "salle de consommation de drogues à moindre risque", souvent appelée "salle de shoot", va être inaugurée ce mardi à Paris, une première en France. Installée dans l'hôpital Lariboisière, dans le 10ème arrondissement de la capitale, son ouverture est prévue dans quelques jours.

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D'une superficie de 400 mètres carré, la salle sera ouverte sept jours sur sept, de 13h30 à 20h30. L'entrée, discrète et autonome, se fera par le 4 rue Ambroise-Paré, sans possibilité pour les usagers de se déplacer vers les autres parties du bâtiment. Prévue à l'origine boulevard de la Chapelle, l'opposition des riverains avaient fait plier la mairie de Paris.

Un parcours de soin a été mis en place: ticket à l'entrée, salle d'attente, entretien, salle de consommation avec six box particuliers, salle de repos. Ce dernier espace doit permettre aux consommateurs de drogues de ne pas être "à la rue" après avoir fait usage de stupéfiants. Les usagers apporteront leurs drogues, les intervenants de l'association leur fournissant des seringues stériles et supervisant leur injection.

"Une centaine de personnes par jour"

Interdite aux mineurs, la salle s'adresse aux toxicomanes qui consomment Subutex, Skénan, nouveaux produits de synthèse ou encore crack dans les parkings, toilettes publiques ou halls d'immeuble du quartier. "Il s'agit des usagers les plus précarisés", explique à L'Express Catherine Duplessy, directrice de SAFE qui gère la distribution de seringues autour de la gare du Nord.

"Nous attendons une centaine de personnes par jour, en priorité ceux ne fréquentent pas les circuits de soins", explique à L'Express Danièle Jourdain-Menninger, présidente de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie.

A l'intérieur de la salle, les toxicomanes ne pourront pas être poursuivis pour "usage illicite et détention illicite de stupéfiants" lorsque la quantité de drogue détenue sera limitée à leur seul usage personnel. Un périmètre de tolérance judiciaire à l'égard des usagers a par ailleurs été défini aux abords de la salle.

Limiter le risque d'overdose et la transmission de maladies

Le projet est une expérimentation sur six ans dans le cadre de la loi santé votée en décembre 2015. L'association Gaïa est gestionnaire de l'établissement financé par la Sécurité sociale. Cette structure possède déjà un camion qui fait des maraudes dans le quartier à la rencontre des toxicomanes.

Les objectifs sont de limiter le risque d'overdose et la transmission de maladies. "Il s'agit d'améliorer la santé des usagers de drogues, améliorer la salubrité publique et la tranquillité des riverains et faciliter le travail des professionnels de la réduction des risques", insiste Catherine Duplessy. "Nous ne sommes pas dans une logique permissive, mais de réduction des risques, et de sécurité sanitaire et publique", ajoute Danièle Jourdain-Menninger.

Avec le lancement de cette expérimentation, la France rejoint de nombreux pays (Allemagne, Australie, Canada, Espagne, Danemark, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas et Suisse) où de tels espaces ont fait la preuve de leur efficacité ces dernières années. Le nombre des décès par overdose serait divisé par deux dans les zones équipées.