En condamnant, en 1997, six scientologues lyonnais pour homicide involontaire ou escroquerie, les magistrats de la cour d'appel de Lyon avaient fait scandale. Car ils avaient écrit au milieu de leur arrêt que la secte «peut revendiquer le titre de religion». Il aura fallu deux ans pour que la Cour de cassation corrige cette bévue et empêche désormais toute confusion entre scientologie et religion. Le président lyonnais de la Scientologie, Jean-Jacques Mazier, avait été jugé en partie responsable du suicide de Patrice Vic, un fidèle qui s'était défenestré en 1988, juste avant son entrée en «cure de purification», et de la transformation de son «Eglise» en «entreprise de captation de fonds au préjudice des adeptes». Les juges de la cassation rendent définitives ces condamnations et, dans le même temps, soulignent que le «motif relatif à la qualité de religion prêtée à l'Eglise de scientologie» est «inopérant», «surabondant» et «dépourvu en l'espèce de toute portée juridique».
En sollicitant la méthode Coué de l'interprétation, les scientologues crient victoire: «La Cour de cassation a maintenu la qualité de religion prêtée à la Scientologie!» Plus sérieusement, la Mission interministérielle de lutte contre les sectes déduit de cet arrêt qu' «il n'appartient pas au juge de se prononcer sur le caractère de religion d'une association».
Alors, qui peut le faire? S'il n'existe pas de définition juridique de la religion, seul le ministère de l'Intérieur, qui est aussi celui des Cultes, peut accorder le statut cultuel aux associations dont l'objet exclusif est l'exercice d'un culte. En plus des religions catholique, juive et protestante, reconnues à l'époque de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat, l'islam et le bouddhisme ont obtenu ce précieux statut.
Si bien des sectes tiennent tant à être reconnues comme religions, c'est pour des raisons financières: affiliation de leurs «pasteurs» à la caisse des cultes ou exonération de taxes foncières et de la fiscalité sur les dons des adeptes. Pour la Scientologie, il y a surtout une soif de label officiel afin de tenter de compenser l'effet désastreux des condamnations lyonnaises pour escroquerie. Peine perdue.