C'est une manifestation qui divise. La marche contre l'islamophobie visant à dénoncer les actes anti-musulmans se tiendra ce dimanche à Paris. Elle doit démarrer à 13 heures de la gare du Nord pour arriver vers 16 heures place de la Nation, avant une dispersion prévue vers 18 heures. Un appel a aussi été lancé pour une manifestation à Toulouse.

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Le message initial était de dire "STOP à l'islamophobie", à la "stigmatisation grandissante" des musulmans, victimes de "discriminations" et d'"agressions" dont "l'attentat contre la mosquée de Bayonne est la manifestation la plus récente". Mais depuis l'appel à manifester lancé le 1er novembre dans le quotidien Libération, quatre jours après l'attaque de Bayonne et sur fond de débat ravivé sur le port du voile et la laïcité, la classe politique se déchire autour de la participation à ce rassemblement.

Ils ont annoncé qu'ils ne viendraient pas

La notion même d'"islamophobie" ainsi que l'identité de certains signataires de l'appel ont conduit une partie de la gauche à ne pas s'y associer, au Parti socialiste (PS) ou au parti radical de gauche (PRG). "Nous avons décidé de ne pas participer car nous refusons de nous montrer avec des gens pour lesquels nous n'avons aucune proximité", a ainsi justifié le premier secrétaire du parti, Olivier Faure. Tout en estimant qu'"il faut témoigner de toute notre solidarité avec nos concitoyens de confession musulmane qui sont victimes de racisme".

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Le président du Parti radical de gauche (PRG), Guillaume Lacroix, a pour sa part vilipendé la "jonction antirépublicaine du politique et du religieux". Le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, a affirmé qu'il ne participerait pas à la marche, qualifiant de "réducteur" le terme d'"islamophobie", malgré l'appel à y participer de certains responsables communistes, dont le porte-parole du parti Ian Brossat et le député Stéphane Peu.

Également opposée à la marche, la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen estime que "tous ceux qui vont se rendre à cette manifestation seront main dans la main avec les islamistes". "Il faudrait l'interdire et dissoudre les organisations qui en sont à l'origine", a renchéri son ex-numéro 2, Florian Philippot sur LCI.

Ils ont signé... mais ne viendront pas

Après avoir signé, une partie de la gauche a relativisé son soutien initial, comme le député LFI François Ruffin. Ce dernier, en vacances à Bruxelles, était en train de manger des frites et des gaufres avec ses enfants lorsqu'il a donné son accord, a-t-il expliqué mercredi sur France Inter. Il ne sera pas là dimanche, expliquant vouloir se tenir à distance du sujet religieux qui n'est "pas [son] truc" et ira "jouer au football" comme tous les dimanches.

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Le numéro 2 du parti et député du Nord Adrien Quatennens, lui, y serait "sûrement" allé si des "raisons personnelles" ne le retenaient ailleurs, a-t-il dit à BFMTV. Malgré son soutien à la cause, il a confié ne pas être "dupe du fait que certains, une minorité, utilisent le terme d'islamophobie en considérant que ça va annihiler demain toute capacité à critiquer la religion". "La prochaine fois, on écrira notre propre texte, il n'y aura pas d'ambiguïtés", a ajouté le coordinateur de LFI.

Quant à Yannick Jadot, l'eurodéputé a concédé sur Franceinfo ne pas trouver certaines lois françaises "liberticides" à l'encontre des musulmans, comme le dénonçait la tribune. Il préfère honorer dimanche un déplacement prévu de longue date à Ivry-sur-Seine pour soutenir la candidate écologiste aux municipales. Sans ce rendez-vous, "la logique aurait voulu que je sois" à la marche contre l'islamophobie, a précisé le député européen qui continue à soutenir la démarche sur le fond.

Le secrétaire national d'EELV David Cormand a dit sur Public Sénat assumer "bien sûr" sa signature. Rappelant la présence de Marine Le Pen au rassemblement contre l'antisémitisme du printemps 2018 après le meurtre de Mireille Knoll, il a fait valoir que cela ne l'avait "pas découragé de manifester contre l'antisémitisme", et que ce devait être de même lorsqu'il s'agit de se mobiliser pour "nos amis musulmans". Mais il a assuré ne pouvoir se rendre à la marche en raison d'un déplacement en Finlande.

Ils ont signé, mais n'ont pas confirmé leur venue

Malgré leur appel à manifester, de nombreux signataires n'ont pas confirmé leur venue ces derniers jours face à la polémique grandissante. Il n'est donc pas possible de dire avec certitude qu'ils seront présents à la marche parisienne. C'est le cas des eurodéputées LFI Manon Aubry et Leïla Chaibi, du député André Chassaigne (GDR), du candidat LFI à la mairie de Paris, Vikash Dhorasoo, du maire PCF de Stains, Azzédine Taibi, de de l'humoriste Yassine Belattar, de l'enseignante Laurence De Cock, de la journaliste féministe Rokhaya Diallo, du rappeur Fianso, du journaliste Edwy Plenel, du gilet jaune Jérôme Rodrigues, du co-animateur d'Acrimed, Julien Salingue, du Comité Adama, de la porte-parole d'Attac, Aurélie Trouvé.

Ils ont dit qu'ils viendraient

De nombreuses personnalités, notamment politiques, ont néanmoins annoncé participer à la manifestation, tels Jean-Luc Mélenchon et les députés LFI Eric Coquerel, Elsa Faucillon, Clémentine Autain et Alexis Corbière, ainsi que leur collègue Younous Omarjee, du Parlement européen. "J'observe qu'en partant d'un désaccord sur un mot [islamophobie], certains refusent en réalité aux musulmans le droit d'être défendus par des gens qui ne sont pas musulmans et qui veulent faire cesser l'ambiance actuelle contre eux", a ainsi estimé le chef des Insoumis.

Le PCF a aussi rappelé l'"extrême urgence de dire stop" à l'islamophobie en manifestant "partout en France", malgré les réserves de son secrétaire national Fabien Roussel. Le porte-parole du parti, Ian Brossat, sera présent à la marche, avec d'autres députés communistes tel Stéphane Peu. Olivier Besancenot, du NPA, a aussi confirmé qu'il serait présent, tout comme le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez.

Chez Europe Écologie-Les Verts, la sénatrice EELV Esther Benbassa a expliqué qu'elle serait présente dimanche sans pour autant "adhérer à tout le texte et à tous les signataires".

Génération.s, le parti de Benoît Hamon, a également confirmé son appel à manifester et en a détaillé les raisons dans un communiqué : "il est indispensable de s'opposer massivement au déferlement de haine contre les musulmans".

La féministe Caroline de Haas, qui a expliqué sur Mediapart avoir demandé à retirer son nom de la liste des signataires, sera néanmoins présente. "J'ai demandé qu'on retire mon nom de la liste des signataires. Parce qu'il y a dans cette liste des personnes qui ont tenu des propos d'une violence sidérante à l'encontre des femmes", explique l'ancienne porte-parole d'Osez le féminisme. Mais "je serai à la marche contre l'islamophobie dimanche parce que j'ai peur (...) pour les femmes qui portent le voile et qui sont victimes de violences chaque jour".

Parmi les intellectuels signataires, le sociologue Éric Fassin a lui aussi fait savoir qu'il serait présent. "Contre le racisme islamophobe qui mine la démocratie, je persiste et signe", a-t-il écrit sur Twitter dimanche. C'est également le cas de l'historienne Mathilde Larrere, et de la chercheuse en linguistique Laélia Véron.