Le public, éclectique - groupes de copines, couples de quinquas, jeunes amoureux branchés - trépigne. Dans quelques minutes, sur cette scène parisienne, trois "Desperate Housemen" (1) vont vous révéler, oui, mesdames et messieurs, "la vie des garçons... Enfin celle que les filles ne connaissent pas", promet le flyer. Il y a l'ingénu de la bande, dépassé par le bavardage incessant de sa moitié; le demi-macho rigolo, qui déplore qu'une fois en couple les hommes se "carpettisent"; et le cynique un brin misogyne qui, après dix ans de mariage, est arrivé à ce constat sans appel: "Tout le monde a peur des femmes. Si elles s'allient pour s'attaquer à nous, on va très vite disparaître de la surface de la Terre."

Diantre! Les hommes rient, les filles aussi - mais un peu jaune. Au passage, les acteurs prennent un malin plaisir à souligner qu'à certaines piques sentimentalo-cash "il n'y a que les mecs qui applaudissent"...

>> Notre dossier sur les tabous homme-femme

Ce soir-là, les dames en ont pris pour leur grade, et ce n'est pas un hasard. Car derrière les blagues potaches se dessine la cruelle réalité: devant la complexité croissante des relations hommes-femmes, la gent masculine est de plus en plus perdue. Pris en tenaille entre modèles traditionnels et émergence d'un nouvel ordre sociétal marqué par l'émancipation féminine, l'Homo modernicus hésite entre réflexes stéréotypés et postures proparité, poids des normes et discours empathiques envers des créatures elles-mêmes pleines de contradictions. Il n'en finit plus d'osciller entre repli sur une virilité rassurante et tentatives d'adaptation bienveillante. Quand il ne choisit pas, tout simplement, de faire profil bas devant la "suprématie" éprouvée des valeurs féministes, hissées haut par des mouvements militants du même nom.

>> "Méninisme", quand les hommes transposent le féminisme au masculin

"Souvent, les hommes trouvent les récriminations des femmes sur leur 'oppression' un peu exagérées, assure le sociologue et conférencier Stéphane Edouard (L'Homme idéal, Flammarion). Mais ils s'exposent à des réactions extrêmement agressives s'ils le disent! Il est plus simple, à tous points de vue, d'être 'fémino-compatible'..."

Madame porte la culotte

L'Homo modernicus ne sait pas toujours quelle attitude adopter envers des créatures elles-mêmes pleines de contradictions (ici, "Madame porte la culotte", 1949).

© / MGM Pictures

"Des siècles d'éducation patriarcale"

Les hommes sont-ils "kaputt", comme l'annonçait en 2013 la journaliste américaine Hanna Rosin (2)? Alors que, durant des millénaires, le "rapport de forces" entre les deux sexes n'a pas bougé d'un iota, bien du chemin a été parcouru en France depuis l'obtention du droit de s'inscrire à l'université sans autorisation paternelle maritale, en 1938, à la loi du 4 août 2014 pour l'égalité réelle entre les femmes et les hommes. Aujourd'hui, toutes filières confondues, les filles sont majoritaires parmi les étudiants de niveau licence ou master, et même les écoles d'ingénieur(e)s - traditionnellement très masculines - basculent chaque année un peu plus.

>> En 10 ans, la part des femmes dirigeantes n'a augmenté que de 1%

Dans le monde de l'entreprise, les conseils d'administration des sociétés du CAC 40 comptent 32% de femmes en 2014 - un chiffre qui ne cesse de grimper année après année - tandis qu'en vingt ans (1991-2011), le nombre de mères au foyer a diminué d'un tiers parmi les 20-59 ans. Chez les cadres, on frôle la parité en 2015 (pour 37,5% de femmes il y a vingt ans). Et ce n'est qu'un début! Selon France Stratégie, un organisme d'expertise et de prospective rattaché à Matignon, elles devraient "à l'horizon de 2022, continuer à [...] accroître leur présence dans les secteurs les plus qualifiés". Que ce soit dans les métiers où elles sont déjà bien représentées (communication, administration, médecine, professions juridiques...) mais aussi dans ceux où elles restent minoritaires (transports, logistique, bâtiment, architecture, ingénierie ou recherche industrielle...).

>> Notre dossier sur l'égalité professionnelle