C'est un détenu discret, de ceux qui ne se font pas remarquer. Prononcer le nom de Logan N. dans les coursives de l'imposante prison des Baumettes, c'est d'abord susciter de l'étonnement. "Comment vous l'écrivez ? Ça ne me dit rien", lâche un surveillant pénitentiaire.
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Le jeune homme de 23 ans, incarcéré à Marseille depuis près d'un an et demi, est pourtant mis en examen pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle". C'est l'un des rares dossiers antiterroristes liés à l'ultradroite - trois en moins de deux ans. A la tête du groupe OAS - référence à l'organisation à l'origine d'une campagne sanglante dans les années 1960 contre l'indépendance de l'Algérie -, il est accusé d'avoir envisagé des attaques contre Jean-Luc Mélenchon et Christophe Castaner, mais aussi contre des lieux fréquentés par la communauté musulmane.

Logan N. militant ultradroite arrêté
Cet ancien militant du mouvement royaliste Action française est le dernier mis en examen de la bande - neuf en tout - à être toujours en détention provisoire. Un élément s'oppose pour le moment à chacune de ses demandes de remise en liberté : la justice lui reproche d'être "resté en contact depuis la détention avec plusieurs membres de l'organisation OAS afin de continuer à organiser des actions violentes" entre juillet 2017 et le 17 octobre 2017.
"Faites ce qui doit être fait, que je ne sois pas là pour rien"
Cueilli au petit matin, le 28 juin 2017, à son domicile de Vitrolles (Bouches-du-Rhône), Logan a d'abord été incarcéré à la maison d'arrêt d'Osny (Val-d'Oise) avant d'être transféré aux Baumettes, plus proche des siens. Très vite, il se procure un téléphone, acheté grâce à l'argent de son père et récupéré à l'aide d'un drap jeté comme une corde par la fenêtre de sa cellule, au premier étage. La technique n'a rien de nouveau chez les taulards, mais, pour Logan, qui découvre, à 21 ans, la détention, elle est inédite.
A 800 kilomètres de chez lui, il se dit "inquiet" pour ses proches. Mais, rapidement, ce sont ses anciens camarades, alors encore en liberté, qu'il se presse d'appeler. Ce que cet admirateur du tueur norvégien d'extrême droite Anders Breivik ne sait pas, c'est qu'il est sur écoute.
Le 7 juillet 2017, à son "second", Thomas A., il intime : "Faites ce qui doit être fait, que je ne sois pas là pour rien." Huit jours plus tard, il s'enquiert de savoir si de leur côté, "ça avance", insiste sur le fait qu'ils ont "absolument tout pour commencer", "voilà, vous savez quoi". Le 22 juillet, il revient à la charge, demande si les choses progressent au "niveau de ce que tu sais".
"On peut encore le rééduquer"
Le leader du réseau assure pourtant pendant l'enquête que le groupe, doté d'un fusil à pompe et de revolvers à poudre acquis légalement, avait une "vague idée" de ce qu'il voulait faire, mais "pas de projet" précis. Si la bande avait été jusqu'au bout, il aurait fait des "dégâts, de vrais dégâts", lâche-t-il un jour à sa mère, qui lui rend visite chaque semaine.
Depuis, Logan a assuré avoir "vraiment des regrets". "J'ai une expérience de détention qui m'a fait réfléchir, sur plusieurs mois. En fait, ce que je regrette le plus, c'est d'être allé aussi loin. Après, mes idées, je ne vais pas vous mentir, j'y crois encore, mais je suis conscient que je suis allé trop loin", explique-t-il au cours de l'instruction.
"Il est jeune. On peut encore le rééduquer. Il commence à ouvrir les yeux sans se renier", veut croire son avocat, Eric Bourlion, qui plaide le "fantasme plus que la volonté de passer à l'acte". Le conseil évoque un autre changement, celui d'un "gamin" transformé par son placement à l'isolement, devenu "anormalement lent, comme anesthésié".
