Toujours plus performants, souvent équipés de navigateurs Internet, les téléphones portables sont en passe de devenir de mini-PC portables. Alors que les ados ont du mal à raccrocher le combiné, ils sont confrontés à de nouveaux risques comme le harcèlement ou la pornographie. Des pièges souvent invisibles pour les parents.

Quels sont les dangers du téléphone portable pour les adolescents?

Ils sont multiples. D'une part, les téléphones portables dotés d'appareils photos ou d'Internet donnent l'accès aux adolescents à des images aux caractères pornographiques. Aux Etats-Unis, le sexting est à la mode. Cette technique vise à échanger avec ses camarades des photos pornographiques via les portables.

Le téléphone peut aussi devenir un outil de harcèlement. Une jeune fille qui a appelé notre ligne, Net Ecoute famille, avait donné son numéro à un garçon qu'elle venait de rencontrer sur le Web. Aidé par ses amis, il l'appelait jusqu'à 500 fois par jour. Il allait même jusqu'à téléphoner à son école en se faisant passer pour son père pour lui parler.

On constate par ailleurs, quelques cas minoritaires de Happy slapping - une méthode vise à frapper gratuitement et juste pour rire un passant, avant de mettre la vidéo sur Internet.

Enfin, les mobiles peuvent entraîner une fatigue importante chez les adolescents et peser sur leurs cours. Ils dorment mal car ils ne se déconnectent pas de leur téléphone portable. Les professeurs se rendent compte que de plus en plus d'enfants sont fatigués.

Harcèlement, violence.. comment les adolescents justifient-ils de tels actes?

Leurs motivations varient: ils le font parfois par manque d'éducation, de prévention. Ils peuvent agir par besoin de popularité, pour leur réputation. D'ailleurs, il ne faut pas forcément imaginer l'agresseur comme un pervers de 50 ans, bedonnant et chauve: le prédateur peut être n'importe qui...

Quelles différences peut-on percevoir entre un ordinateur et un téléphone portable?

On ne peut pas vraiment dissocier le PC du téléphone portable. Avec les nouvelles technologies, les ados courent les mêmes risques sur un téléphone portable que sur un PC. Cependant, contrairement à un ordinateur, le mobile reste à portée de main: on dort à côté, on le porte près de soi. Par ailleurs, les parents ne se permettent pas de fouiller dans le téléphone de leurs enfants. On a généralement un rapport plus intime avec le téléphone portable qu'avec un PC, souvent à la vue de tous, dans le salon familial.

Observe-t-on une augmentation du nombre de problèmes liés aux téléphones portables?

Oui: les plaintes pour harcèlement et autres menaces par téléphone représentent 6% de nos appels. Par exemple, les chantages subis pour se déshabiller proviennent de divers internautes, sans forcément de distinction d'âge ou de sexe - bien qu'on constate qu'en moyenne les filles de 13 ans sont les plus touchées.

Elles commencent à développer des sentiments pour une personne rencontrée sur le Net, avant d'en être victimes. Nous avons eu le cas d'une fille qui se faisait harceler par une autre fille de son âge. Elle se faisait passer pour un garçon et lui demandait de se déshabiller, en la menaçant d'envoyer les vidéos à son entourage. La victime a fini par céder au chantage. L'agresseur connaissait son nom, son adresse, son établissement scolaire, etc. Tant d'informations que des prédateurs peuvent obtenir lors de discussions banales...

Comment les parents peuvent-ils sensibiliser leurs enfants et les prévenir contre ces nouveaux dangers?

Les parents peuvent se procurer des logiciels pour téléphones portables qui protègent les enfants des images choquantes. Ces programmes, des filtres parentaux, peuvent mettre sur liste noire certains sites à caractères pornographiques, prônant l'anorexie ou la violence. Ce type de logiciel est offert par certains opérateurs mobiles comme SFR, qui ont signé une charte sur le contrôle parental avec le ministère de la Famille.

Petit bémol: sur les PC, il est possible de créer différents profils et de choisir les horaires de connexion de nos adolescents. Or, ce genre de système n'existe pas sur les mobiles.

A partir de là, comment peut-on protéger les enfants? L'adolescent doit pouvoir se sentir en sécurité - même sur le Web. Pour cela, Internet doit devenir un sujet de discussion entre parents et enfants. Par exemple, on parle avec son fils après une séance de cinéma. Or après une navigation sur Internet, on ne dit rien. Il faut rétablir cette discussion.