La nouvelle a fait sourire jusque chez les féministes. Que l'ex-garde du corps de la chanteuse Britney Spears porte plainte pour harcèlement sexuel contre son ancienne patronne, aux avances trop marquées, voilà qui change de l'ordinaire. L'ordinaire, le voici: ce boulanger de Vitry-en-Artois, récemment condamné à cinq mois avec sursis et une amende pour avoir, des mois durant, mis la main aux fesses de son employée. Ou cette enseignante d'histoire sollicitant un poste en khâgne et recalée par son inspectrice d'académie sous prétexte qu'elle était maman, caractéristique apparemment incompatible avec la volonté de dispenser des cours en classe prépa...

Le harcèlement et les discriminations à l'embauche, notamment pour cause de maternité - 615 réclamations déposées l'an dernier auprès de la Halde (contre 259 un an plus tôt) -, sont connues. Le refrain sur le plafond de verre, les écarts de salaires, le maigre contingent féminin dans les conseils d'administration ou les emplois de direction de la fonction publique, aussi. 86% des hommes et 95% des femmes interrogés pour le compte du Laboratoire de l'égalité déplorent ces inégalités entre les sexes. Et tous dénoncent les mêmes boucs émissaires. Pêle-mêle, toujours d'après la même enquête: les politiques, les responsables économiques et les médias, où, selon le CSA, les femmes apparaissent plus souvent dans le rôle de victimes ou de témoins que dans celui d'expertes. Tous coupables de véhiculer ces clichés d'un autre âge. Dépassé, le sexisme? Sans doute, à l'heure où les filles commencent à tirer profit de leur réussite scolaire - elles sont majoritaires sur les campus, spécialement dans les 3e cycles. Dans certains métiers, elles sont même parfois surreprésentées, par exemple dans les activités d'aide à domicile. Des bastions qu'il faudrait inciter les hommes à conquérir, suggère Dominique Meda, chercheuse au Centre d'études de l'emploi.

Dépassé le sexisme, mais pas mort. Ni au bureau, où les propos machos, les blagues et les plaisanteries salaces émaillent le quotidien de Michelle, 23 ans, fraîchement recrutée par une start-up toulousaine. Elle a encore en mémoire le rire gras de ses voisins d'open space lorsqu'elle s'est penchée sous son bureau pour rebrancher son ordinateur. Ni à la maison, où Yolande, la quarantaine, deux enfants, professeure de maths dans les Yvelines, se plaint de "tout devoir faire ou presque", du corrigé des copies au bain du petit dernier, en attendant le retour, souvent tardif, de son informaticien de mari. Cette fois, l'injustice est ménagère. D'autant plus criante que, elle l'a lu, 73% des mâles français estiment, la main sur le coeur, devoir mieux partager les tâches domestiques.

Le pater familias n'a pas rendu les armes

"Beaucoup d'hommes sont encore engoncés, plus ou moins consciemment, dans un rôle de pater familias, analyse Natacha Henry, auteure de l'essai Les Mecs lourds ou le Paternalisme lubrique (Gender Company édition). Comme, par ailleurs, nombre de femmes qui travaillent se sentent en position d'infériorité dans l'entreprise et font de leur foyer une citadelle où elles s'enferment parce que cet espace constitue leur lieu de pouvoir. Ce qui peut engendrer conflits et incompréhensions dans les couples." Au point de renforcer chez leurs partenaires certaines idées reçues? 51% des hommes estiment que rester à la maison est plus facile pour les femmes. Au fond, celles-ci sont peut-être leurs pires ennemies? Beaucoup s'autocensurent. D'après une étude menée par le Syndicat des commissaires de la police nationale, ce frein intérieur serait une des causes du faible nombre d'officiers ou de commissaires féminins dans la police (22%). S'ajoutent à cela des jurys d'examen peu féminisés et des barèmes d'épreuves sportives exigeants.

Les femmes "bread winners" - qui gagnent bien leur croûte -, comme disent les Américains, les pères divorcés, un peu plus nombreux aujourd'hui qu'hier à profiter de la garde alternée des enfants, changeront-ils la donne? Peut-être l'infléchissent-ils, mais à la marge. 80% des tâches domestiques sont toujours effectuées par les femmes, qui jouent les équilibristes entre vie professionnelle et vie privée. "Il faut séduire les hommes, impliquer davantage les pères en leur permettant d'avoir une vie familiale reconnue par le monde du travail et donner aux femmes la possibilité de lâcher prise chez elles. C'est ainsi qu'on aboutira à une meilleure égalité professionnelle", affirme l'inspectrice des affaires sociales Brigitte Grésy. Et la même de plaider pour un congé de paternité rénové, voire pour un droit individuel à la parentalité tout au long de la vie. Une étape à confirmer, qui passe par un changement de mentalité. Ce que les experts appellent une "déconstruction des stéréotypes sexués". En d'autres termes, une remise en question des identités sexuelles qui assignent, selon qu'ils soient vêtus de rose ou de bleu, les baby-chou à la dînette ou au Meccano. "Des schémas transmis depuis la nuit des temps, qu'hommes et femmes reproduisent à leur insu avec leurs enfants", observe sur son blog le psychiatre et thérapeute familial Serge Hefez. Ces stéréotypes qui perdurent à l'école, où filles et garçons, "conditionnés", n'investissent pas les mêmes filières. Autant de champs à explorer. Comme d'ultimes tabous.