L'information, explosive et restée confidentielle jusqu'ici, a été lâchée ce mercredi de façon anodine au détour du traditionnel exposé des faits. Au premier jour du procès de Jawad Bendaoud, jugé pour "recel de malfaiteurs terroristes", la présidente de la 16e chambre correctionnelle de Paris, Isabelle Prévost-Desprez, a annoncé la mort de Younès Abaaoud en zone irako-syrienne. Ce dernier est le petit frère d'Abdelhamid Abaaoud, coordinateur présumé des attentats du 13 novembre à Paris et l'un des deux terroristes hébergé par Jawad Bendaoud.

De nombreuses rumeurs -jamais étayées- avaient circulé ces deux dernières années sur les tribulations de cet adolescent de Molenbeek (Belgique), enrôlé par son frère dans les rangs du groupe Etat islamique (EI). Il avait gagné la Syrie en sa compagnie dès 2014, à l'âge de 13 ans. Depuis, certains médias belges le disaient mort, d'autres sur le chemin du retour en Europe pour venger son aîné. Mais jamais aucune autorité ne s'était prononcée officiellement sur son sort. La présidente du tribunal n'a toutefois pas précisé à quelle date Younès Abaaoud aurait péri sur les terres de Daech, ni dans quelles circonstances. En 2018, il aurait tout juste 17 ans.

En Belgique, le "cauchemar" Younès

Contacté, le parquet de Paris n'était pas en mesure de confirmer cette information dans l'immédiat. Mais une source antiterroriste belge se montre stupéfaite: "Nous n'avions pas cette information. Nous n'avions plus de signes de vie de Younès Abaaoud depuis fin 2016. A l'époque, il nous avait causé beaucoup de soucis. Un vrai cauchemar." A la mi-2016 en effet, des écoutes téléphoniques pratiquées dans l'entourage du jeune garçon en Belgique ont mis en évidence des contacts réguliers. Lors de ces échanges, il demandait de l'argent à ses proches en vue d'organiser son retour en Europe.

"Nous avions alors mis en place plusieurs surveillances physiques et techniques d'enquête coûteuses pendant plusieurs mois. Mais il n'est jamais rentré. Nous avions alors conclu qu'il destinait cet argent à d'autres fins sur place", précise la même source. Depuis, Younès Abaaoud avait visiblement cessé de téléphoner à ses proches. Mais des mouvements financiers suspects avaient été repérés par les policiers belges.

"J'arrive ici à 10 heures"

Quelques mois plus tôt, en avril 2016, Paris Match révélait le contenu d'une notice Interpol concernant le jeune djihadiste. "J'arrive ici à 10 heures", aurait-il mystérieusement annoncé à sa soeur Yasmina, au téléphone, en février 2016. La fiche précisait qu'il était susceptible d'avoir changé d'apparence physique et de voyager avec de faux papiers d'identité.

Au cours de ses années au sein de Daech, Younès Abaaoud était apparu armé d'une kalachnikov sur diverses photos publiées sur les réseaux sociaux, sans que l'on connaisse précisément son rôle au sein de l'organisation terroriste. Son père avait livré son désarroi dans une interview au journal flamand Het Laatste Nieuws en février 2015: "Younès s'est fait embrigader par Abdelhamid et cela, je ne le pardonnerai jamais à Abdelhamid. [...] Je ne veux plus jamais le voir. Mais, je souhaite en revanche qu'il fasse en sorte que Younès revienne sain et sauf en Belgique. Je n'ai pas encore perdu tout espoir." Trois ans plus tard, il ne subsiste plus aucun doute sur son sort, à en croire la juge du procès Bendaoud.