Les cinémas, théâtres et musées ne rouvriront pas le 15 décembre comme initialement annoncé par le gouvernement et resteront fermés trois semaines de plus, pour réduire le risque de propagation de l'épidémie de Covid-19, a annoncé jeudi le Premier ministre Jean Castex. La réouverture de ces lieux sera examinée le 7 janvier, et dépendra de "la situation sanitaire à cette échéance, et de l'analyse que nous pourrons faire des effets des fêtes de fin d'année sur la situation épidémique", a précisé le Premier ministre. Un coup dur pour le monde de la culture, qui s'était organisé pour cette réouverture imminente.
LIRE AUSSI >> Déplacements, couvre-feu, réveillons... Ce qui va changer (ou non) à partir du 15 décembre
"Aucune concertation n'a été menée avec nous : on ne comprend pas cette décision", a déclaré à l'AFP Nicolas Dubourg, président du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac). "On découvre à cinq jours de la date annoncée que finalement les théâtres ne vont pas rouvrir. Ce sont des milliers de salariés partout en France à qui on explique que tout le travail qu'ils ont mis en oeuvre ces derniers jours tombe à l'eau", déplore celui qui dirige le théâtre de la Vignette à Montpellier.
"On nous explique qu'il faut 'éviter le brassage' or précisément les mesures de protection sanitaire que nous avons mises en place dans les théâtres et les salles de spectacle respectent cette consigne" alors que "des personnes s'accumulent par ailleurs tous les jours dans les transports en commun, dans les magasins...", dénonce le président du syndicat qui regroupe 400 scènes nationales et centres dramatiques subventionnés.
"Tout le milieu culturel va se mobiliser"
Même son de cloche du côté de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF), rapporte Le Figaro. Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la FNCF, pointe auprès du journal le paradoxe de laisser "ouvert des lieux de contamination comme les magasins et les transports en commun sans y ajouter de règles sanitaires supplémentaires" et de "refuser la réouverture des lieux culturels où pourtant il n'y a jamais eu de contamination et où les règles sanitaires sont établies et éprouvées. C'est incompréhensible et tout le milieu culturel va se mobiliser", a-t-il prévenu.
Sur Twitter, le distributeur de films Le Pacte a posté une courte vidéo, alertant entre des images de transports en commun et de galeries commerciales très fréquentées, et des salles de cinéma avec des spectateurs masqués et espacés. "Rouvrez nos salles de cinéma", est-il demandé à la fin de la vidéo.
"Nous avons été piégés une fois, mais pas deux", a réagi auprès du Monde Bertrand Thamin, président du Syndicat national des théâtres privés, par rapport à ce "faux départ". "Aucun directeur de théâtre n'engagera plus un centime pour payer des répétitions ou financer des campagnes de publicité pour des pièces qui ne se jouent pas."
Seule voix dissonante au milieu de ces discours d'incompréhension et de colère, le cinéaste Mathieu Kassovitz. Il a estimé jeudi soir sur BFMTV que les salles de cinéma n'étaient "pas essentielles dans la situation dans laquelle on est. Vous avez la télé, vous pouvez très bien regarder des films à la maison".
Le 7 janvier, une date de revoyure
Interviewée sur BFMTV ce vendredi matin, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot a qualifié de "crève-coeur" le fait de maintenir les lieux culturels fermés pour encore trois semaines au moins.
Elle a précisé que la date du 7 janvier n'était pas la date de réouverture des lieux culturels, mais bien une date de "revoyure" selon la situation sanitaire à ce moment-là.
La ministre a aussi abordé la question des aides économiques. "On a déjà, sur le monde de la culture, fait 7,5 milliards d'euros d'aides, ce qui est tout à fait considérable. J'avais déjà obtenu un certain nombre d'enveloppes budgétaires pour accompagner le confinement et la fermeture jusqu'au 15 (décembre). J'ai dit au Premier ministre que j'avais besoin de 35 millions d'euros supplémentaires pour faire la fin de l'année, dans les cinémas, dans les théâtres, lieux de concert et d'opéras, et je sais que je les obtiendrai", a-t-elle déclaré sur la chaîne d'information en continu.
