Mendoza: Mon fils de 16 ans nous mène la vie dure depuis un an (arrogance, irrespect, provocation,...). Le fait qu'il s'en prenne fortement à son beau-père (notre couple a 8 ans) en réécrivant largement son histoire est-il normal?
Etienne LIEBIG: Tout cela est très répandu. Bien entendu une séparation est toujours, et quoi que l'on en dise, douloureuse pour les enfants. Il y a très souvent un conflit entre l'enfant et celui qu'il pense être "un usurpateur". La crise adolescente se fige souvent sur cet objet de conflit. S'il n'y avait pas ça il y aurait autre chose. Mais il ne faut pas nier la part de vraie souffrance vécue par l'enfant même si cela nous gêne beaucoup. Il faut accepter la discussion, la remise en cause, la culpabilité, la peine et aborder la question de la liberté de l'amour qui est une question essentielle pour les adolescents.
Marizelin: Bonjour. Savez-vous comment parler à un ado? Quel langage utiliser? Le sien ou le nôtre?
Etienne LIEBIG: Sans hésitation, les adultes doivent parler comme des adultes et ne jamais imiter les jeunes, d'autant plus qu'ils sont ridicules parce que toujours décalés par rapport au vrai langage des jeunes. Rien n'est plus pathétique que ces messieurs de 40 balais qui veulent à tout prix se saper comme des momes et disent "ouaich bien" quand ils croisent leurs collègues à la banque.
Maris: Mon fils de 17 ans a commençé à fumer avec des copains. Je lui avais interdit de fumer à l'intérieur de la maison. Le soir, il descendait dans la cour de l'immeuble fumer une cigarette. Ça ne me plaisait pas. Alors, J'ai fini par lui dire qu'il fume dans sa chambre porte fermée. Quelles régles établir?
Etienne LIEBIG: Il n'y a pas de règle toute écrite pour gérer ce genre de difficulté de parents face à des comportements tout à fait normaux d'adolescents. Il est pratiquement impossible à un ado de résister à une pression extérieure qui lui permet de trouver une identité, d'autant que cette identité est critiquée au sein de la famille, ce qui lui permet d'exister enfin en dehors de vos propres désirs. Cela ne veut rien dire sur sa tabaco-dépendance à venir, il suffit qu'il croise un groupe de potes branchés sport qui ne fume pas par exemple. Laissons-le vivre quelques expériences bénignes. Cela ne vous empêche pas de lui donner votre avis le plus naturellement possible.
Biche34: Je voulais savoir à quoi était dû la crise d'adolescence. Phénomène biologique, psychologique? J'ai 16 ans et depuis quelques mois j'ai l'impression de ne plus comprendre mes parents alors qu'avant tout se passait bien.
Etienne LIEBIG: La crise d'adolescence c'est le passage, maintenant très long, entre cette petite fille que tu étais et cette femme que tu es. Toi tu le sais, d'autres le voient, mais pour tes parents ça n'est pas évident de perdre leurs repères et d'avoir à la maison une espèce "d'étrangère" qui remet en cause toutes ces petites habitudes qui faisaient le quotidien et soudaient la famille (les vacances chez tata, les repas à noël, la baignade avec papa). Donc tu es un petit peu obligée d'en rajouter pour qu'ils pigent où tu en es. Je te souhaite beaucoup de bonheur.
VEVE: Comment faire face à des conflits de mal être de votre enfant lorsqu'il fait jouer l'affectif (malgré lui)? Comment l'aider pour "mettre de l'ordre" dans son comportement physique et moral lorsque le dialogue est remplacé par le monologue? Quels sont les repères?
Etienne LIEBIG: Qui fait jouer l'affectif? Les parents ont tendance, malgré eux, à rajouter de l'affectif dans chacune de leur relation à l'enfant ("tu me fais de la peine", "je suis très déçu", "que dirait ton grand-père?", "ah, si j'avais fait ça à ton âge!"). Le problème est que nos enfants n'ont ni le même groupe sanguin que nous, ni la même histoire, ni la même psychologie. Cette souffrance que nous vivons ils la vivent aussi, mais eux n'ont aucun pouvoir sur nous, hormis précisément ce que vous appelez le chantage affectif. Le désordre est pratiquement une définition de l'adolescence. L'ado se fabrique des jumeaux multiples adaptés aux différentes situations. Un jumeau méchant à l'école, un jumeau gentil au foot, un jumeau violent à la maison et un tout doux avec les copines etc... Il découvre ainsi la nécessité de jouer des personnages différents pour être accepté partout. Normalement, nous, adultes, sommes parvenus à réunir tous nos jumeaux pour n'en faire qu'un. L'enfant que vous décrivez y arrivera aussi.
Valerie Lyon: Bonjour M Liebig. Dur dur... une fille de 12 ans! Un caractère déjà déterminé, têtu et qui ne lâche jamais .. hyper exigeante, impatiente ... Les "prises de bec" sont de plus en plus fréquentes , j'ai l'impression de ne plus la comprendre! Comment revenir à des échanges apaisés et plus sereins? Merci!
Etienne LIEBIG: Votre fille est là pour vous dire "Maman je ne suis plus la petite fille que j'étais et je voudrais que tu le comprennes. J'ai changé, je ne fréquente plus les mêmes amis, je suis sexuée, je suis une femme comme toi et mes exigences, mon impatience c'est pour que tu l'admettes". Valérie c'est exactement ça l'éducation. Comprendre au bon moment le bon message de nos enfants et accepter que l'on perd notre pouvoir sur eux.
Mèrencolère: Mon adolescent ne m'adresse pratiquement pas la parole, il préfère écouter son iPod et parler sur MSN. Mais même en usant d'une grande diplomatie je n'ai pas réussi à le faire sortir de son mutisme. Il m'est arrivé une fois de lui hurler dessus, et je regrette. Je désespère de le voir prendre des allures de jeune homme légumino-arrogant...
Etienne LIEBIG: Vous avez bien fait de lui hurler dessus, cessons de culpabiliser sur nos modes d'éducation, ceux qui écrivent des livres n'ont certainement pas d'enfants. Il doit savoir que ça vous embête, que vous le supportez parce que vous l'aimez et qu'il peur revenir causer quand il veut. Ne vous inquiétez pas, on ne sait jamais ce que va devenir un ado. Heureusement, c'est la surprise.
René31: M Liebig, j'ai une fille de 14 ans 1/2. Je sais que la mode est de plus en plus portée sur les tenues "assez" courtes. Après quelques empoignades, je ne sais plus trop comment faire. Je sais juste que j'aimerais qu'elle s'habille plus décemment.
Etienne LIEBIG: Plus vous symboliserez l'interdit, la morale, plus vous prenez le risque que cette petite crise adolescente se fige. La mode passera, ses copines aussi, et vous en rirez dans 3 ans. C'est aussi dangereux d'interdire à une enfant de s'habiller court que de la contraindre à porter le nijhab. C'est le même phénomène, mais en miroir.
René31: J'ai également un enfant de 13 ans qui fait du foot depuis plus de 5 ans. Ses entraînements se sont intensifiés cette année et il joue désormais le lundi, mercredi soir et il y a un match tous les dimanches. J'ai peur que cette activité sportive n'empiète sur son travail scolaire. Comment pourrais-je lui demander de freiner sans pour autant le brusquer?
Etienne LIEBIG: Un enfant bien dans sa peau, parce qu'il est valorisé dans un domaine ou un autre, a toutes les chances de réussir sa scolarité. Non seulement le foot est important pour cet enfant mais sa reconnaissance dans les yeux de sa maman comme footballeur est essentielle à sa réalisation. Aucune inquiétude.
Maman: Comment mettre des limites aux ados sans pour autant entraver leur créativité et leurs émotions?
Etienne LIEBIG: En mettant des limites justes, qui sont honnêtes et vraies dans le mode de vie des parents. On n'est pas obligé de se conformer à tout prix aux normes éducatives en vigueur. Chaque parent est libre de faire passer les messages qu'il veut à ses enfants et de lui indiquer que dans la société environnante il y a des choses qui se font et d'autres qui ne se font pas. Je connais des parents qui font pousser de la marijuana dans leur jardin, qui en consomment et dont les enfants savent que la société ne l'accepte pas.
Etienne: J'ai entendu parler d'une technique allemande selon laquelle les enfants sont complétement libres jusqu'à l'âge de deux ans. Les parents sont, après les deux ans et jusqu'aux 18 ans, très stricts. Puis de nouveau libres. Est-ce vrai que cette technique existe et est-elle bonne?
Etienne LIEBIG: J'ignore cette techinque mais je peux affirmer que dans les familles tziganes les enfants sont totalement libres jusqu'à l'âge de 2 ans. Ils acquièrent la propreté tout seuls, sans contrainte. Mangent à la demande puis se servent dans le frigo. Aucun adulte n'intervient pour interdire quoi que ce soit. Et pourtant ils deviennent des adultes comme tout le monde (je travaille depuis 25 ans avec des Roms).
Jean-Pierre Anxieu: Avec Internet et les jeux vidéos, j'ai l'impression que les jeunes vivent de plus en plus dans un monde virtuel où ils ne risquent plus rien. Comment leur faire comprendre qu'il existe des dangers dans la vie réelle sachant qu'à cet âge, on n'écoute plus trop les parents, "qui ont peur de tout" comme dit mon fils de 13 ans?
Etienne LIEBIG: Ces enfants sont nés dans le monde virtuel. Ils distinguent parfaitement, et bien mieux que vous ou moi, le réel du virtuel. Les jeux sur ordinateur ne sont pas plus dangereux que ne pouvaient l'être les contes pour enfants. Par contre notre incompréhension de ce monde nous effraie. Les enfants ont toujours eu le besoin d'évasion dans un monde imaginaire, pas toujours habité par des fées et des petits cochons, mais souvent par du sexe et de la violence à l'image du monde réel qu'on leur propose.
MMG: Bonjour. Ma fille, 15 ans, a un petit copain depuis quelques semaines. Cela pose problème à son père qui veut absolument rencontrer ce garçon, savoir comment il envisage l'avenir, etc... Ma fille ne comprend pas l'attitude de son père. Et cela me ramène à ma propre adolescence...
Etienne LIEBIG: Plus les parents, et les adultes en général, stigmatisent les histoires adolescentes, plus on prend le risque de les transformer en symbole de la résistance au monde des grands. Il faut expliquer à votre mari que cette jeune fille est en train de marquer des points vis à vis de lui sur le chemin du devenir adulte. En enquêtant il risque de devenir un insupportable geolier, surtout à cet âge un petit peu paranoïde.
Clo13: Mon ado me manque de respect, il s'adresse à moi avec des mots agressifs. Pourtant notre relation n'est pas mauvaise, mais il est capable de me dire: "Tais-toi, non mais ça va pas, tu me gonfles" etc... J'ai beau lui dire sans cesse que je n'accepte pas ce manque de respect, il ne se corrige pas. Selon vous, quelle en est l'origine et comment y pallier?
Etienne LIEBIG: L'utilisation de certains mots insupportables à nos oreilles de parents et d'adultes ne signifie pas toujours un manque de respect et surtout pas un manque d'amour, mais plutôt une incapacité de cet enfant à maîtriser plusieurs niveaux de langage. La cour de récré, la classe, les copains, les adultes et vous-même. Essayez d'aborder cette question par ce biais avec lui.
Verbatim: Quand un ado recommence tous les jours les mêmes actes, malgré les remarques quotidiennes (ranger, nettoyer aider ses parents dans les taches quotidiennes) une seule solution: la porte à 18 ans. Qu'en pensez-vous?
Etienne LIEBIG: Cela solutionne probablement pour un temps court la tranquillité de la maison, mais ça ne résout rien à la problématique de la relation entre les enfants et les adultes. La pédagogie ce n'est pas de se faire plaisir en tant qu'adulte, c'est savoir passer un message à des enfants.
Jean-Michel Claque: Mon enfant, qui a 12 ans, fait de nombreux caprices et je n'arrive pas à le calmer. Parfois, il m'arrive de lui donner des fessées. Ce que déplore ma femme qui me préconise d'utiliser d'autres moyens. Je voulais tout d'abord savoir si les fessées, utilisées de temps en temps, peuvent avoir des résultats positifs? Et d'autre part, y a-t-il des alternatives qui permettent d'éviter ce genre de sanction?
Etienne LIEBIG: La question n'est pas la fessée, qui, quand elle est le signe d'une saine colère, ne me paraît pas dramatique et pas pire que des formes non violentes de chantage affectif avec l'enfant par exemple. Il faut surtout contrôler que ces fessées aient encore un rôle symbolique de sanction. Il est important que les parents montrent, sans tricher et selon leur caractère, les limites qu'ils fixent au supportable.
Mamdip92: Comment se comporter face à une agressivité verbale permanente dirigée contre tous les membres de la famille (parents, frères et soeurs)?
Etienne LIEBIG: Il me manque l'âge et le sexe de l'enfant, mais en général cette agressivité est aussi le signe d'un sentiment de ne pas être reconnu comme différent du reste de la famille. Il faut le crier parce que on ne peut pas le dire. On peut imaginer de discuter avec ce jeune pour savoir s'il préfèrerait être en internat par exemple pour un temps court (un an), un lieu où il pourrait faire sa transition du passage de l'âge adolescent à l'âge adulte.
Josse99: J'ai un fils de 12 ans qui est très têtu et qui ne m'écoute pas. Il ne veut jamais apprendre ces leçons le soir après l'école, bâcle ces devoirs, écrit très mal... Que faire?
Etienne LIEBIG: 12 ans, c'est pour ce garçon le démarrage de l'adolescence. Ca veut dire qu'il veut vous montrer qu'il n'est plus tout à fait le petit garçon qui disait oui pour aller voir mémé le dimanche et faire du foot en bas de la maison. Il va devoir faire ses preuves pour que vous compreniez qu'il est un individu à part entière dont les références sont maintenant aussi à l'extérieur de la maison.
Sarah63: Mon fils de 15 ans est très renfermé, il sort peu, n'a pas beaucoup d'amis et refuse de m'en parler, et même si sur le plan scolaire ses résultats sont plutôt bons, je m'inquiète beaucoup pour lui. Que dois-je faire?
Etienne LIEBIG: La grande richesse des adolescents c'est d'avoir leur personnalité déjà affirmée et différente de ce qu'ils laissaient voir enfant. Votre fils est déjà un adulte et il a besoin d'être reconnu comme tel dans son caractère de solitaire. D'être respecté comme cela et de sentir que vous l'appréciez comme il est.