C'est un constat "accablant" que fait le Haut Conseil à l'égalité (HCE). Dans un rapport publié ce lundi matin, le HCE fait un état des lieux du sexisme en France, et certains domaines semblent ne pas avoir vraiment évolué sur la question, "en dépit d'une forte mobilisation de la société civile avec le phénomène #MeToo et de la tenue du Grenelle contre les violences conjugales", note l'instance indépendante.

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Il relève une hausse des plaintes pour harcèlement sexuel en 2019 de 46%. Parmi les mis en cause pour des crimes et délits à caractère sexiste, 91% sont des hommes, et parmi les victimes, 87% sont des femmes. Mais le rapport se penche surtout sur trois domaines dans lesquels le sexisme serait toujours monnaie courante. Le HCE partage alors 32 recommandations pour réagir.

L'entreprise épinglée

Le monde de l'entreprise, et ses grandes écoles qualifiées de "bastions virilistes", est largement épinglé. Selon le Haut conseil, il règne dans les entreprises "une grande tolérance sociale au sexisme".

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Dans le détail, l'institution cite une enquête de 2016 pour établir que 74% des femmes salariées non-cadres considèrent que "les femmes sont régulièrement confrontées à des attitudes ou des décisions sexistes". 47% affirment avoir déjà été confrontées au sexisme, dont 29% en tant que victime. Le HCE souligne toutefois de nombreuses initiatives prises afin d'évoluer sur la question.

Image caricaturale des femmes dans les médias

En ce qui concerne les médias, le Haut Conseil est moins clément et les qualifie les émissions de téléréalité comme des "bastions du sexisme". Absence de diversité, représentations stéréotypées, femmes hypersexualisées : les médias audiovisuels, en particulier les émissions de téléréalité, véhiculent trop souvent une image caricaturale des femmes, en "toute impunité", dénonce ainsi le HCE.

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"Les émissions de téléréalité valorisent d'un côté l'hyperféminité des candidates et de l'autre l'ultramasculinité des candidats", constatent Brigitte Grésy, présidente du HCE, et Sylvie Pierre-Brossolette, ancienne du CSA et présidente de la commission "Lutte contre les stéréotypes" du Haut Conseil, dans ce travail remis lundi à la secrétaire d'Etat Marlène Schiappa. Sont alors citées Les Marseillais VS Le reste du monde (W9, groupe M6), Les Anges de la Téléréalité (NRJ12) et Koh-Lanta: La guerre des chefs (TF1).

Premier constat, ces émissions traitent majoritairement des querelles, clash verbaux, et de la compétition entre candidats. Premier ressort sexiste, il y règne une "culture de la virilité" avec des hommes "forts", "musclés", qui ont "la gagne", et des femmes "considérées comme susceptibles de plaire aux adversaires et donc de créer des rivalités".

Omniprésent en politique

"Bastion majeur du sexisme", le monde politique a encore des efforts à faire. Selon le HCE, il "fonctionne comme une chasse-gardée des hommes". Un monde dans lequel les femmes politiques sont "considérées comme des intruses".

Elles sont de plus sujettes à "des disqualifications et incivilités" ou encore "des comportements paternalistes". Et malgré une loi sur la parité en politique, le Haut Conseil souligne que 94% des maires et 92% des présidents d'intercommunalité sont des hommes.