En Catalogne, on supprime d'une bibliothèque scolaire Le Petit Chaperon rouge pour cause de stéréotypes sexistes, à Paris, des associations racialistes empêchent une pièce d'Eschyle taxée de blackface, en Italie, Carmen est revue et corrigée pour "ne pas applaudir" ce qu'il y aurait dans l'opéra de Bizet de "violences sexuelles"... On se pince, mais c'est vrai, "l'air ambiant se raréfie", pour reprendre les mots d'Anne Rosencher, émue par ces censures qui ne disent pas leur nom mais se multiplient. Elle s'en explique, persiste et signe.

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Les questions que nous avons posées à Anne Rosencher

On a tous lu, vous avez tous lu, Le Petit chaperon rouge, ce conte gore et sanglant transmis par des générations de pères, de mères, de grands-mères et de grands-pères - je n'en oublie aucun, on me taxerait de misogynie. Pourquoi je parle de misogynie? Parce que, figurez-vous, les écoliers catalans d'une école maternelle de Barcelone n'y ont plus accès. Le livre a été retiré de leur bibliothèque il y a quinze jours, en même temps que 200 autres ouvrages, non parce que les dents du loup pourraient effrayer les enfants mais parce qu'il reproduirait un, je cite, 'schéma sexiste'. Vous avez bien entendu : "schéma sexiste". Autrefois, les autodafés prenaient prétexte du blasphème ou de la race, aujourd'hui, ils prétendent défendre le droit des femmes. Ou des Noirs, comme à la Sorbonne récemment, où une pièce de théâtre a été empêchée par des militants de la Ligue de défense noire africaine. Anne Rosencher s'en émeut cette semaine dans L'Express. Ce serait un mouvement de fond. On en est là ?

  • Des exemples, tu en cites à Barcelone, donc, à Paris, mais aussi aux Etats-Unis. C'est de là que la vague est partie ?
  • Qu'est-ce que ça dit de notre époque, de notre société ?
  • Tu parles de "ééducation du monde", j'entends apprentissage de la novlangue, comme dans 1984. Orwell avait, encore une fois, raison avant tout le monde...
  • Tu dis que chaque cas pris à part paraît dérisoire - je dirais ridicule. C'est la big picture qui est inquiétante, la répétition de ces affaires...
  • Qui s'en émeut, à part les premiers concernés, comme le metteur en scène de la Sorbonne Philippe Brunet ?

Quelles sont les méthodes utilisées : intimidation, chantage à l'accusation en sexisme ou en racisme. Rien ne nous oblige à céder, non ?

Il y a un aspect dont tu ne parles pas, la judiciarisation : quand ces affaires vont en justice, aujourd'hui, les plaignants gagnent-ils ?

  • Gagneront-ils demain ?

Comme on est positif et constructif, on va finir par de bonnes résolutions : qu'est-ce qu'on peut faire contre ce que tu appelles cette "raréfaction de l'air ambiant"