Bis repetita. Du verre, du béton, du sapin vernis... Depuis le procès avorté de décembre dernier, le décor n'a pas changé, les protagonistes non plus. C'est aux assises du tribunal de grande instance de Bobigny (Seine-Saint-Denis) que s'est présenté Georges Tron ce mardi matin pour l'ouverture de son procès. Encadré de ses deux avocats, Antoine Vey et Eric Dupont-Moretti, le maire de Draveil (Essonne), éphémère secrétaire d'Etat des gouvernements Fillon, s'installe sur le banc - en fait une simple chaise - des accusés.

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Il comparait, ainsi que son ancienne maîtresse et adjointe Brigitte Gruel, pour répondre aux accusations de deux anciennes employées municipales de sa ville, Eva Loubrieu et Virginie Ettel, qui leur reprochent des viols et agressions sexuelles, parfois commis en réunion.

Deux intervenants font faux bond... pour cause de décès

La plainte des deux femmes remonte à 2011, et les faits poursuivis datent de la seconde moitié des années 2000. Pour les plaignantes, il s'agit là du procès de la dernière chance. A l'issue des quatre semaines d'audiences à venir, les six jurés sélectionnés ce mardi, à l'aube des débats, devront dire si, oui ou non, ils sont jugés coupables des faits qui leurs sont reprochés. Le procès devait initialement se dérouler en fin d'année 2017. Las, après quatre jours de débats chaotiques, ponctués d'incidents d'audience à répétition, le climat délétère, les tensions et le retard accumulé avaient eu raison des débats si ce n'est de la cour.

Et s'il est un point sur lequel toutes les parties s'accordent pour l'heure, c'est que si rien n'a changé du cadre ou des acteurs - à l'exception notable du président de la cour Philippe Coirre - l'atmosphère est pour l'instant aux antipodes.

Signe d'une procédure qui se sera éternisée sept ans durant, deux intervenants ont fait faux bond à la cour... pour cause de décès. Un témoin et un expert seront donc absents des débats. La matinée de ce premier jour était d'ailleurs consacrée à leur passage en revue à l'issue de la sélection du jury. Parmi les candidats écartés par la défense et Eric Dupont-Moretti, essentiellement des femmes, jeunes. La responsabilité du jugement à venir appartiendra à quatre hommes et deux femmes. La parité n'a pas cours dans les prétoires.

"On ne va pas s'énerver maintenant"

Eric Dupont-Moretti accusé par les parties civiles d'avoir "pourri les débats" lors du dernier procès avorté, se fait discret ce mardi. Tant pis pour le public, qui n'était de toute façon pas venu en nombre. Il est apparu bougon, mais conciliant: "On ne va pas s'énerver maintenant", marmonne-t-il par exemple au moment de faire part d'éventuelles observations sur l'incapacité d'un témoin à déposer devant la cour. Tout juste l'aura-t-on vu, le visage enfoui dans ses mains jointes, secouant la tête en signe de lamentation plus que de protestation à l'énoncé des faits, lors du rapport inaugural du président.

Le magistrat détaille l'état civil des mis en cause et de leurs accusatrices, les déjeuners, les réunions de travail qui auraient dérapé, les massages de pieds, puis les agressions sexuelles présumées, sur fond de triolisme avec Brigitte Gruel, les pressions administratives, les menaces parfois explicites rapportées par les deux plaignantes, mais aussi les tentatives de suicide de Virginie Ettel. Le champ lexical est pour l'essentiel anatomique compte-tenu de la nature des faits jugés, mais pour la chair ou l'incarnation il faudra attendre la suite du procès.

"J'ai vécu l'enfer avec un ami, depuis 7 ans"

L'ambiance est apaisée, presque feutrée, les débats ou leur ébauche pour le moins serein, même si à certains détails on jurerait que ça ne durera pas. Pour l'heure les avocats, magistrats, témoins, accusés, parlent bas, même à la barre. Il faut tendre l'oreille pour saisir leurs propos. Signe de ce changement radical d'atmosphère, un avocat de la défense, profitant de la première suspension d'audience pour allumer une cigarette, lance à la cantonade aux journalistes présents sur le parvis du tribunal: "C'est calme cette année. C'est presque mou, vous ne trouvez pas ?"

L'après-midi était consacrée aux enquêtes de personnalité des accusés et à leur témoignage liminaire. Et de ce point de vue, chacun présente bien. Brigitte Gruel, n'aura pas attendu pour dévoiler une ligne de défense qui n'a pas varié en sept années. "J'ai vécu l'enfer avec un ami (Georges Tron, ndlr), depuis 7 ans", résume-t-elle. Et d'égrener les raisons selon elle de cette procédure qui n'en finit plus de lui coller aux basques: "Vengeance professionnelle, personnelle, jalousie, calomnie...". Le récit d'une disgrâce orchestrée par les deux plaignantes et leurs amis politiques du FN. Pour celle qui plaide le complot politique, "Tout est faux, je suis innocente".

Cette femme de 61 ans qui a démissionné de ses fonctions au moment des plaintes en 2011, confie avoir du mal à dormir et prendre du Prozac pour y remédier. Elle déplore également la perte de sa mère, malade, et décédée trois jours après l'interruption du procès l'an dernier. "Maintenant je me consacre à ma famille", explique à la cour celle qui sera repartie ce mardi comme elle était arrivée: le visage dissimulé par un col relevé, un châle et des lunettes noires achevant de masquer ses traits.

La réflexologie plantaire au coeur des débats

Pour Georges Tron, l'enquête de personnalité met en avant l'image d'un battant, "éloquent, combatif, brillant". Ses échecs ? Et bien ils découlent de la procédure, sous-entend celui qui se présente lui aussi comme une victime des calomnies des parties civiles. "Surmédiatisées", elles lui auront notamment coûté, les élections législatives de 2012 et son avenir gouvernemental, estime-t-il. Du portrait brossé par l'experte mandatée par la cour on retiendra aussi sa passion précoce pour les arts martiaux asiatiques et les médecines douces de même origine géographique, au premier rang desquelles, la réflexologie plantaire qui promet d'être au coeur des débats à venir.

"Depuis le premier jour, le 24 mai 2011, j'ai toujours dit mon innocence totale et toujours tenté de répondre aux questions qu'on me posait. Je n'ai jamais été violent envers qui que ce soit", expose Georges Tron. Invité à interroger son client, Eric Dupont-Moretti revient sur le non-lieu obtenu en 2013 par son client et dénonce: "Ce qui était à décharge dans l'ordonnance de non-lieu est devenu à charge dans l'acte d'accusation. Un acte d'accusation d'ailleurs largement répandu dans les médias." Suivez son regard. Le procès de la presse expédié, celui de Georges Tron et Brigitte Gruel se poursuivra sur quatre semaines. Verdict attendu le 16 décembre prochain, ils encourent chacun jusqu'à 20 ans de réclusion.