Virginie Dufour est l'une des deux seules femmes renvoyées dans l'affaire dite du Carlton de Lille. Dans le volet financier de ce dossier de proxénétime aggravé en réunion, elle comparaît pour escroquerie. "Je me demande bien ce que je fais là, lance en préambule cette brune tonique. Je connais bien tous ces gens-là, mais pas comme ça."

Mère de trois enfants, elle fait référence à Fabrice Paszkowski, son compagnon à l'époque des faits, et David Roquet, un ami. Les deux comparses du Nord sont, entre autres, accusés d'avoir financé, via sa société "Virginie D.", deux des trois voyages à caractère sexuel à Washington et un dîner à La Laiterie, à Lille, qui s'est terminé en partie fine.

"J'ai un peu bifurqué..."

La SARL "Virginie D." a été créée le 1er octobre 2010. Deux mois avant le premier voyage organisé au Fonds monétaire international (FMI) en présence de Dominique Strauss-Kahn, note le tribunal. Son objet principal était à la base "le recrutement de personnel et l'organisation de cocktails". "J'ai un peu bifurqué...", reconnaît la gérante. "Virginie D." a en effet pour client principal, pour ne pas dire exclusif, Médicalis, la société de vente de matériel médical de Fabrice Paszkowski. "C'était de la prestation de services, de l'événementiel", tente-t-elle de justifier à la barre.

La comptabilité de "Virginie D.", versée à la procédure, comporte de très nombreuses lacunes. Le tribunal en pointe certaines: libellés abstraits, commissions disproportionnées, facturation d'événements qui n'ont finalement pas lieu... "Ce n'est pas une absence de rigueur comptable, tonne le président Lemaire, c'est une absence de comptabilité tout court!"

Interrogée depuis presque deux heures, Virginie Dufour laisse couler ses premières et dernières larmes.

Le ministère public prend le relai.

- Vous savez qu'un vendeur de télévision, s'il met 'frigo' sur la facture il va y avoir problème pour son employeur.

- Mais si le montant est le bon, il est pardonné à moitié.

- C'est un faux madame!

"On peut avoir plein de qualités et ne pas savoir gérer une société"

Alors que la substitut du procureur, Aline Cléro, refoule un fou rire, le président calme le jeu. "Vous savez madame, on peut avoir plein de qualités et ne pas savoir gérer une société."

Pour le ministère public, Virginie Dufour ne sait pas non plus choisir ses fréquentations:

- Ils vous ont utilisé par ces factures pour financer leur entreprise.

- Il n'y avait pas que ces factures-là. Il y en avait plein d'autres.

- Vous n'aviez aucune autonomie dans votre société !

- Oui, mais j'étais de bonne foi.

- Pourquoi ne pas dire que vous étiez manipulée?

- Je l'ai dit pendant l'instruction.

- Oui, mais maintenant ?

- Bah oui...

De ce fidèle soldat, encore sous l'emprise de son ex-amant "qui ne s'arrête jamais de penser", le tribunal n'obtiendra pas plus. Virginie Dufour risque pourtant gros. L'escroquerie est puni de cinq ans de prison et de 375 000 euros d'amende.