"Le dossier s'est écroulé tout seul." C'est ce qu'a estimé à la sortie de l'audience, après sa plaidoirie ce mercredi Me Henri Leclerc, avocat de Dominique Strauss-Kahn dans le procès pour proxénétisme dit du Carlton.
"Nos explications n'ont fait que rappeler cet écroulement, a-t-il poursuivi. Nous attendons maintenant la décision du tribunal et nous sommes confiants", a déclaré l'avocat devant une nuée de journalistes, avec à ses côtés ses deux confrères, Me Frédérique Baulieu et Me Richard Malka.
C'est la première fois que les conseils de Dominique Strauss-Kahn s'expriment devant la presse depuis le début du procès, le 2 février. Le trio a ainsi mis un terme à un long silence.
Les ex-prostituées absentes à l'audience
Les trois avocats ont plaidé, plus de deux heures durant, la relaxe de l'ancien directeur général du FMI. La tâche n'est pas si évidente tant il n'y a quasiment plus de contradicteurs à ce procès à qui s'opposer.
Le procureur de la République Frédéric Fèvre a requis mardi la relaxe "pure et simple" de leur client. La veille, la plupart des parties civiles, dont les deux principales accusatrices de l'ancien patron du FMI Mounia et Jade, avaient annoncé qu'elles renonçaient à lui demander réparation.
Aucune des quatre prostituées qui se sont portées parties civiles n'était présente au tribunal mercredi matin. L'un de leurs avocats est arrivé avec une trentaine de minutes de retard.
Jade, "victime de la médiatisation"
Me Frédérique Baulieu est la première des trois avocats de l'ancien patron du FMI a se lancer. Une plage de trois heures leur a été réservée. Seule femme du trio, c'est elle qui s'est chargée de l'interrogatoire des anciennes prostituées au fil des audiences.
C'est elle qui à l'entame des plaidoiries s'attaque de front au témoignage de Jade, qui a participé à deux soirées avec DSK ainsi qu'à un voyage à Washington.
"J'ai pour Jade une certaine estime car après une vie de fracas elle a décidé de vaincre tout cela", avance Me Baulieu.
"Mais j'ai beaucoup d'incompréhension devant cette volonté à tout prix de dire des choses qui ne sont pas vraies", ajoute-t-elle, avant d'énumérer point par point ses arguments venant contredire Jade.
Mais pour Frédérique Baulieu, Jade est une "victime de la médiatisation, des questions indignes qui lui ont été posées".
"Ce n'est pas à elle qu'il faut en vouloir. J'en veux à ceux qui ont fait d'elle ce symbole et qu'elle ne peut avoir une autre position que celle qui est la sienne", accuse l'avocate.
DSK "n'est pas poursuivi" pour "agressions"
A Me Leclerc, fringant octogénaire, de bondir de son banc pour défendre son célèbre client face à un avocat des parties civiles qui évoquait des "agressions" de sa part. "Dominique Strauss-Kahn n'est pas poursuivi pour ça!".
Un Dominique Strauss-Kahn qui avait élevé la voix lui-même contre la confusion faite par les parties civile entre sa "rudesse" en matière de sexualité, qu'il admet volontiers, et un quelconque délit de proxénétisme.
Les trois avocats ont critiqué au passage les nombreuses fuites dans la presse. "Il y avait une bulle médiatique qui a éclaté à l'audience", a notamment déclaré Me Malka.
"Nous avons constaté qu'après des années d'un dossier lancé dans la presse, alors qu'il était secret et dont sortaient des informations tronquées, fausses, à laquelle nous avions cessé de répondre, se tenait enfin un débat contradictoire, loyal et qui faisait du droit l'exigence principale", a déclaré Me Leclerc après l'audience.
"Si nous n'avons pas fait de déclarations jusqu'à présent, c'est parce que nous considérons qu'un procès se passe dans la salle d'audience (...) Ce que nous avons à dire, nous le disons au tribunal", avait-il déclaré en préambule.
