Salah Abdeslam a choisi de ne pas se présenter devant le tribunal de Bruxelles, ce jeudi. Lundi, il a pris la parole uniquement pour expliquer son silence.
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Alors, pour le dernier jour de son procès où le prévenu brille par son absence, c'est son avocat, Sven Mary, qui a tenté de trouver les mots dans sa plaidoirie pour le défendre.
Abdeslam "ne dit rien d'autre qu'accepter le sort qui est le sien"
"Pourquoi le défendre? S'il accepte le sort qui est le sien, je pense avec toute l'humilité que je me dois d'avoir, que ce sort, je peux l'impacter, a déclaré l'avocat. Je suis bien content que Salah soit resté dans son lit aujourd'hui, il ne peut pas s'accaparer le prétoire", a-t-il aussi observé.
Le seul membre encore en vie des commandos du 13 novembre est un "stoïcien", selon le pénaliste belge: "Il ne dit rien d'autre qu'accepter le sort qui est le sien". Lundi, Salah Abdeslam avait récusé la légitimité du tribunal, plaçant sa confiance en son "Seigneur".
Sven plaide la nullité de la procédure
Très vite, le défenseur a souhaité plaider la nullité de la procédure, en raison des ordonnances du juge d'instruction, qui ont été rédigées en français, alors que le magistrat était établi en Flandres. "Ces ordonnances constituent un véritable problème. Pour moi, les poursuites sont irrecevables", a argué Sven Mary, rendant sa plaidoirie très technique.
Puis, il en est venu aux faits reprochés à son client: la fusillade visant des policiers belges et français à Forest, rue du Dries, en avril 2016, contestant son caractère terroriste. "Ici ce n'est pas le cas. Cela n'a rien à voir avec un attentat classique. Quand Belkaïd (le complice des deux prévenus, décédé lors de la fusillade) ouvre le feu, son intention n'est en aucun cas d'intimider la population", assure l'avocat, en reprenant la définition du terme "terroriste". Pour lui, son client n'est ni auteur ni "coauteur" -la thèse développée par l'accusation- des tirs à l'armes automatiques.
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"Je vous demande de juger Abdeslam comme vous jugeriez monsieur Dupont", clame aussi Sven Mary, pour évoquer son médiatique client contre lequel une peine de vingt ans de prison, avec 13 ans de sûreté, soit le maximum pour les faits jugés, a été requise lundi par le parquet fédéral.
Le jugement devrait être mis en délibéré
Autre argument contenu dans sa plaidoirie: ne pas faire de ce procès une introduction à ceux concernant les attaques de Paris et de Bruxelles. "Bon nombre de personnes présentes dans cette salle voudrait déjà jeter un sort sur les attentats de Paris et de Bruxelles. Madame la présidente, vous n'êtes pas là pour juger cela! La folie sécuritaire et médiatique pourrait vous donner l'impression contraire", souligne Sven Mary, selon qui, il aurait été plus logique de juger ce dossier après avoir jugé les faits du 13 novembre.
Peu avant 17h30 la présidente du tribunal a clos les débats sans annoncer de date de prononcé du jugement. Une nouvelle audience se tiendra le 29 mars, mais sans Abdeslam ni son coprévenu Sofiane Ayari, pour débattre de la recevabilité d'une association de victimes du terrorisme comme partie civile. Le jugement devrait ensuite être mis en délibéré.