Huit condamnations à des peines de dix à vingt ans de prison, cinq acquittements. Le verdict de la cour d'assises de l'Essonne, rendu mercredi 4 décembre dans une salle d'audience pleine à craquer, a fait l'effet d'un coup de tonnerre dans un ciel policier lourd de frustrations et de revendications. Les fonctionnaires étaient venus en nombre soutenir leurs quatre collègues pris d'assaut, le 8 octobre 2016, dans leurs voitures incendiées par une vingtaine de jeunes à Viry-Châtillon. Deux d'entre eux avaient été grièvement brûlés, les deux autres plus légèrement blessés.

L'énoncé des peines a suscité colère et déception dans les rangs des forces de l'ordre. "La justice n'est pas à la hauteur", assène Linda Kebbab, déléguée nationale d'Unité SGP Police, seul syndicat à s'être constitué partie civile dans cette affaire. "Certains cambrioleurs prennent aussi dix ans, poursuit-elle. Là on parle d'individus qui ont tenté de tuer de la pire manière qui soit des policiers. Le message envoyé est: tuer des flics n'est pas grave, vous valez moins que des biens matériels."

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Patrice Ribeiro, le secrétaire général de Synergie Officiers, évoque son "immense déception". Il ne comprend pas ce verdict très en deçà des réquisitions de l'avocate générale qui avait demandé des peines de vingt à trente ans de prison à l'encontre des treize accusés. Tout en indiquant qu'elle ne serait pas choquée si la cour allez au-delà. "S'en prendre à des personnes dépositaires de l'autorité publique est une circonstance aggravante, souligne le syndicaliste. Lorsqu'on tente de tuer un policier, on encourt la réclusion à perpétuité." "Cette décision nous laisse un goût amer, car elle sonne comme une contradiction, renchérit Loïc Travers, secrétaire national du syndicat Alliance en Ile-de-France. C'est un message d'impunité." Thibault de Montbrial, l'avocat de l'une des victimes, partage ce point de vue. "Alors que les violences se multiplient contre les policiers et les gendarmes, le verdict rendu dans cette affaire ne risque pas de freiner les ardeurs des voyous qui s'en prennent à eux."

Sourires et absence d'empathie

Les policiers ont été sidérés par l'attitude des accusés, dont trois mineurs à l'époque des faits, "ces types qui bombent le torse et se sont filmés dans leurs cellules", résume Patrice Ribeiro. Tout au long de l'audience, leur comportement n'a guère changé. "Ils ont fait preuve de désinvolture et de défiance, juge Linda Kebbab. Pendant la déposition de Vincent, défiguré par les brûlures, certains ont même souri lorsqu'il a enlevé la casquette qu'il porte quotidiennement. Leurs regards étaient effrayants, dénués de toute empathie."

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Pour son collègue Grégory Joron, secrétaire général délégué d'Unité SGP Police, "c'est la loi des quartiers qui l'a emporté". Il rappelle l'omerta à laquelle l'enquête s'est heurtée et les "pressions et menaces" exercées sur les habitants du quartier. Six suspects sur dix-neuf sont toujours dans la nature car ils n'ont jamais pu être identifiés. "Le signal qu'on nous envoie, c'est que notre vie vaut dix ans de prison, pas davantage, se désole le syndicaliste. D'autant qu'entre les remises de peines et le temps déjà passé en prison, les hommes condamnés à dix ans de prison pourraient recouvrer la liberté dans deux ou trois ans..."