"Je ne suis pas sans coeur." Baskets noir et rose aux pieds, parka kaki sur le dos, Zakia M., pleure à son arrivée et à sa sortie de la 12e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Entre les deux, la mère de famille répondait ce jeudi de "violences, menaces et intimidations et escroqueries" sur son ancien compagnon.
Maxime Gaget est resté "sous emprise totale" de cette quadragénaire alcoolique du 1er janvier 2008 au 2 mars 2009. 426 jours durant lesquels il raconte avoir enduré l'indicible. Brûlures de cigarette, hématomes, ecchymoses, cicatrices sur l'ensemble du corps, fracture du nez, des doigts... L'homme de 37 ans se souvient également avoir été contraint de boire du produit lave-vitres ou de manger des éponges. Il dormait à même le sol, avant de se voir refuser l'accès aux toilettes et à la salle de bain.
"Sixième sens"
Une situation extrême qui s'explique tant par la personnalité de Zakia, que celle de Maxime. "Il y a les mêmes carences affectives et les mêmes frustrations chez le bourreau et la victime, analyse Dominique Hoflack, auteure de Femmes bourreaux, femmes victimes. Ce n'est pas un hasard si cette femme a choisi cet homme, ni si cet homme a choisi cette femme." Avocat général à Bordeaux, elle explique que les deux espèces ont un "sixième sens" pour se trouver.
Concernant la victime, les expertises psychologiques ont mis en évidence une "immaturité" et une "personnalité autodestructrice". Quant à Zakia, avant de construire sa "toile d'araignée" et d'y piéger Maxime, elle avait eu son lot de misères. Un père suicidé par pendaison alors qu'elle n'était qu'une enfant; une mère dépressive; le père de ses jumeaux qui prend la tangente six mois après leur naissance, sans ne jamais les reconnaître... Au RMI, seule, Zakia s'est sentie acculée, et a basculé.
"Une petite boîte"
"C'est parce qu'elle a été dominée par ses carences affectives, qu'elle va à son tour dominer, dissèque Dominique Hoflack. A un moment donné, la victime dit 'maintenant, c'est terminé, c'est moi qui vais faire souffrir'." L'alcool l'a aidé à passer à l'acte, à décupler son agressivité. A l'audience, c'est d'ailleurs sur cette addiction qu'elle reporte la faute, avant de demander "pardon".
D'autres femmes avant elle sont passées du statut de victime, à celui de bourreau. Certaines vont jusqu'au bout de leur démarche, referme leur piège, et tue l'être aimé. A plusieurs reprises, le frère de Zakia a craint que Maxime ne finisse dans "une petite boîte", et eux derrière les barreaux. La mère, aussi, a tenté de raisonner sa fille, en vain.
Forte de ses trente années d'expérience, Dominique Hoflack estime que nous sommes parvenus à un "égalitarisme dans le crime et la délinquance" entre les deux sexes. Elle va plus loin, et assure même que les femmes bourreaux seraient "plus méthodiques, silencieuses, organisées et déterminées" que leurs homologues masculins. Et rajoute: "Aucune ne lâche en cours." A moins qu'on ne les arrête à temps.
