Inconnu du grand public, l'actionnaire Amber Capital fait trembler la société Lagardère. Le siège parisien du groupe a été perquisitionné mardi dans le cadre d'une information judiciaire ouverte en avril sur un différend avec son investisseur, a indiqué le parquet national financier (PNF) mercredi. Les juges d'instruction ont ordonné cette perquisition dans le cadre de l'information judiciaire ouverte au mois d'avril 2021 des chefs, notamment, d'"achat de votes", d'"abus de biens sociaux", de "compte inexacts" et d'"information fausse ou trompeuse", selon la source, confirmant une information du Point.

Le bras de fer entre Lagardère et Amber Capital ne date pas d'hier. Mais au printemps, Arnaud Lagardère, 60 ans, a dû céder face aux puissants actionnaires de la multinationale parmi lesquels Vincent Bolloré, Bernard Arnault et le fonds britannique Amber Capital, qui contestaient sa gouvernance. Les deux derniers groupes ont réalisé un pacte d'actionnaires en vue d'obtenir "des sièges au conseil de surveillance". Le dirigeant de Lagardère était menacé de blocage et confronté aux difficultés économiques de son groupe - propriétaire d'Hachette Livre et de plusieurs médias dont la radio Europe 1 et l'hebdomadaire Paris Match - pendant la pandémie.

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Le projet de transformation, présenté fin avril et validé fin juin en assemblée générale, a mis fin au statut atypique du groupe en commandite par actions, qui rendait l'héritier de Jean-Luc Lagardère indéboulonnable bien que très minoritaire au capital. Arnaud Lagardère a obtenu par cet accord un poste de PDG pour six ans. Avant ce dénouement, la lutte d'influence avait duré pendant des mois entre Vincent Bolloré (Vivendi) allié au fonds Amber Capital, et l'homme le plus riche de France et PDG de LVMH, Bernard Arnault. Cette lutte avait amené Amber Capital, initiateur de la fronde contre la gouvernance, à déposer une plainte au PNF, en février selon Le Monde, dans une guérilla qui avait déjà pris à plusieurs reprises des détours juridiques.

"Lagardère est un groupe qui va bouger"

Selon Le Monde, cette plainte visait des faits remontant jusqu'à l'assemblée générale de Lagardère en mai 2018, lors de laquelle le Qatar, actionnaire de référence, avait fait volte-face à la dernière minute en modifiant son vote, initialement en faveur d'Amber, pour finalement soutenir la gouvernance. Amber dénonçait aussi des potentielles irrégularités dans les comptes de la holding personnelle d'Arnaud Lagardère, lourdement endetté auprès du Crédit Agricole. Mais, à l'occasion de la signature du projet de transformation fin avril, Lagardère avait signé un "accord transactionnel" avec Amber Capital qui était supposé mettre fin aux diverses procédures judiciaires qui les opposaient.

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Le PNF s'est toutefois saisi de la plainte d'Amber Capital et a ouvert le même mois une information judiciaire. Mercredi, Lagardère n'a pas souhaité commenter l'information de la perquisition. Lorsque Le Monde a annoncé l'existence de cette enquête en juillet, le groupe a indiqué dans un communiqué qu'il "respect(ait) la loi et se défendr(ait) vigoureusement contre toute allégation contraire". "Lagardère SA déplore enfin la fuite dans la presse d'informations qui résulteraient d'une procédure d'instruction, en méconnaissance du secret de l'instruction qui est protégé pénalement et a demandé à ses conseils d'engager toute procédure judiciaire en conséquence de cette violation", ajoutait le communiqué.

Début septembre, la famille Arnault a pour sa part annoncé qu'elle mettait fin au pacte d'actionnaires avec Arnaud Lagardère, et qu'elle cédait l'intégralité de ses parts dans la holding personnelle du dirigeant en échange d'actions Lagardère SA. Le 24 septembre, le PDG de l'entreprise sera face à ses actionnaires, représentés au conseil d'administration, pour présenter sa stratégie et s'expliquer sur cette affaire. Selon une source proche du dossier, "Lagardère est un groupe qui va bouger", que le dossier judiciaire évolue vers des mises en examen ou pas. D'après elle, "beaucoup d'actionnaires souhaitent sortir (du capital) et il y a une stratégie à redéfinir. A partir du moment où le groupe est redevenu une société comme une autre, le pouvoir est dans les mains des actionnaires."