Ses goûts, ses obsessions : au deuxième jour de son procès, qui se tenait ce mercredi au tribunal de grande instance de Bobigny et se poursuivra jusqu'au 16 novembre, Georges Tron a vu tous les détails de sa personnalité analysés par un psychologue. Devant la cour d'assises, un expert mandaté par la justice est venu brosser le profil de l'ancien secrétaire d'Etat, accusé, avec son ancienne adjointe Brigitte Gruel, de viols et agressions sexuelles parfois commises en réunion, sur deux anciennes employées municipales.

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"Il rêvait de devenir médecin"

L'expert, qui a rencontré l'élu au cours de l'instruction, a souligné devant la cour que l'actuel maire de Draveil (Essonne) espérait devenir médecin "depuis tout gamin". Un "idéal" qui se sera heurté au constat sans appel des Jésuites chez lesquels il fit sa scolarité : selon eux, Georges Tronétait dénué d'"esprit scientifique".

C'est lorsqu'un professeur d'arts martiaux l'initie plus tard à la réflexologie plantaire que Georges Tron "va complètement déplacer l'intérêt qu'il portait à la médecine occidentale sur la médecine asiatique", souligne Bertrand Phésans. La veille, les débats étaient venus rappeler les actions notamment associatives et législatives entreprises par l'élu en faveur des médecines douces et de leurs praticiens. Par exemple, en tant que cofondateur de l'Association pour l'alternative en médecine (APAM).

"Il ne s'est jamais interrogé sur son comportement"

Il donne "l'impression d'être un réflexologue de profession, tout ça avec l'idée que soigner, c'est magnifique", relève par ailleurs le psychologue. A son sens, "[Georges Tron] ne s'est jamais interrogé sur son comportement". Il décrit un homme "complètement sourd" à l'"ambiguïté" pouvant émaner de ses gestes, notamment leur possible "connotation sexuelle", voire "fétichiste". Pendant que le témoin plonge dans le cerveau de l'ancien ministre, ce dernier semble un tantinet raide sur sa chaise.

Georges Tron a eu "pendant vingt-cinq ans" les mêmes pratiques, lui oppose Eric Dupont-Moretti, qui assure la défense de l'édile, "et personne n'a jamais trouvé à y redire". Encouragé par ce silence, "il ne s'est jamais interrogé sur son comportement ni sur les effets de cette pratique sur les gens qui l'entouraient", résume le praticien. Tout du moins, "refuse-t-il de s'y confronter".

Une "dimension névrotique normale", pas de "perversion"

Le psychologue voit dans cette absence de questionnement la marque d'une "dimension névrotique", mais note qu'il s'agit d'une caractéristique "normale", qu'on retrouve selon lui chez 95% de la population. Le reste n'étant que "psychose et folie". En revanche, il ne note aucune "perversion" dans la définition moderne du terme : selon l'expert, Georges Tron ne semble pas tirer sa jouissance de la souffrance de l'autre.

De son côté, l'experte qui a examiné Brigitte Gruel estime que l'ancienne maîtresse et adjointe de Georges Tron est elle aussi dénuée "de tendance perverse". La psychologue rapporte que, s'il est reproché à cette mère de famille de 61 ans un "rôle actif" dans des viols, elle ne décèle pas chez elle de "personnalité dominatrice". Ses enfants devenus grands, Gruel avait besoin de se réinvestir dans son couple et dans sa vie professionnelle, synthétise l'experte. Elle a, selon elle, trouvé chez Georges Tron quelque chose qui répondait à ce double besoin.

Les deux accusés ont-ils pu mentir en demeurant indétectés par les psychologues chargés de les expertiser, comme s'en inquiètent les parties civiles en cours d'audition ? "Tout le monde ment, balaie le psychologue Bertrand Phésans. Il n'y a que les grands fous qui ne mentent pas".