Ce mardi matin, l'activiste russe Piotr Pavlenski, présenté comme le tombeur de Benjamin Griveaux, avait de nouveau rendez-vous avec la justice. Il était entendu par une juge d'instruction parisienne dans le dossier de la rixe du Nouvel an, une affaire antérieure à la diffusion sur internet des vidéos intimes de l'ex-candidat LREM à la mairie de Paris. L'artiste controversé devait s'expliquer sur des faits de violences volontaires avec arme qui remontent au 31 décembre dernier. Il est accusé par deux hommes de les avoir frappés et blessés à l'aide d'un couteau. Ce qu'il nie. L'artiste russe a été mis en examen pour "violences aggravées" et placé sous contrôle judiciaire.

Selon nos informations, l'un des deux plaignants, un homme de 41 ans originaire de Seine-Saint-Denis, affirme avoir été visé à la tête par Pavlenski et avoir reçu un coup de lame sur le côté gauche du visage. "Il semblerait qu'il m'avait choisi, je ne sais pas pourquoi", a-t-il expliqué au policier qui recueillait sa plainte le 1e janvier. Il reconnaît être "le déclencheur de la crise" sans pour autant se souvenir précisément de l'objet de la dispute, dit-il.

"Amour" et "ivresses"

Cette nuit-là, cet homme vient fêter le Nouvel an chez des amis d'amis. Il connaît peu de monde et n'a pas été directement convié. C'est l'avocat Juan Branco, anti-macroniste assumé, qui organise une soirée chez les parents de sa compagne, un appartement cossu du boulevard Saint-Germain dans le 6e arrondissement de Paris. Dans son message d'invitation que L'Express a pu consulter, il promet qu'une centaine de personnes sont attendues et propose de participer à partir de 22h30 à une "fête souveraine, massive et postcrépusculaire" pour célébrer "l'agonie d'une décennie et le début d'une nouvelle vie". "Compagnes" et "compagnons" sont les "bienvenus", "amour" et "ivresses également", précise celui qui signe "JB". Une chose est sûre, peu importent les versions, le réveillon 2019 a bel et bien été alcoolisé. Pour le reste, les récits divergent.

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L'un des deux plaignants, E., explique avoir fait la connaissance d'un individu au physique sec dont il affirme alors ne connaître que le prénom, Piotr. Installés dans la cuisine, ils parlent de tout. D'art notamment. Jusqu'à ce que la conversation tourne brusquement court. Les rires laissent place à des échanges tendus. Le récit de la victime présumée est confus, les souvenirs un peu flous. Qu'est-ce qui envenime les choses? L'homme de 41 ans assure ne plus savoir. Lui qui a fait un peu de boxe, dit cependant qu'il était dans une attitude "pacifiste", un peu moqueur quand même. Et que c'est le natif de Saint-Pétersbourg qui a d'abord essayé de lui asséner un coup de poing. Une scène en deux temps. Après avoir été séparés par d'autres invités, une altercation avec un deuxième participant a lieu dans la cuisine. Le premier plaignant revient alors sur ses pas, explique qu'il a essayé de ceinturer Piotr Pavlenski au niveau de la taille, en vain. Ce dernier l'aurait alors frappé à l'aide d'un couteau à la tête.

"Le risque de fuite ne peut être exclu"

Pavlenski, lui, ne décrit pas la même histoire. Au Parisien ce week-end, le Russe de 35 ans (36 ce week-end), a expliqué que E., qu'il décrit comme "bizarre", avait voulu lui montrer qu'il connaissait tout de sa vie avant de lui lancer un "c'est ça, dégage!" lorsqu'il quittait la pièce pour se rendre aux toilettes. "Insulte" qui aurait tout déclenché. Pavlenski reconnaît alors avoir asséné des coups de poing, pas des coups de couteau. Il assure avoir juste attrapé le couteau de cuisine pour "montrer qu'[il] pouvait se défendre", sans s'en servir. Nuance de taille qui fait qu'il ne serait plus poursuivi alors pour violences volontaires avec arme mais violences tout court.

C'est d'ailleurs l'un des axes de défense de Piotr Pavlenski qui a remis en question les deux circonstances aggravantes de violences commises en état d'ivresse manifeste et avec l'usage d'une arme. Lorsque les policiers sont intervenus, quelques minutes après les faits, aucun couteau n'a été retrouvé. Pas plus lors de l'interpellation du principal intéressé. Le couteau découvert au domicile de son ex-compagne ne correspond pas aux descriptions des témoins, pointe par ailleurs le conseil de l'artiste. Le témoignage d'un enseignant à l'Ecole normale supérieure va dans son sens. Il précise que le plaignant E. "cherchait à provoquer de façon très perverse, très bizarre" et qu'il "n'était pas blessé quand il est parti".

En garde à vue, mi-février le Russe avait gardé le silence. Ce mardi matin, au contraire, il entendait s'expliquer aux côtés de son avocat, Yassine Bouzrou. Le parquet de Paris, lui, a réclamé son incarcération sans être entendu. C'était déjà le cas le 18 février dernier, au terme de sa garde à vue. Selon nos informations, le procureur de la République avait alors justifié sa demande de placement en détention provisoire par plusieurs raisons à commencer par les "importantes difficultés" à le localiser en dépit d'un mandat de recherche, mais aussi l'absence de véritable adresse fixe, estimant que "le risque de fuite ne peut être exclu". Le ministère public rappelait également que sa compagne avait affirmé avoir des difficultés à le joindre à la suite des faits, "se sachant manifestement recherché".