Chérif Kouachi, l'un des deux auteurs de l'attaque terroriste contre Charlie Hebdo le 7 janvier, n'a pas respecté le contrôle judiciaire qui lui était imposé par un juge d'instruction. Les enquêteurs s'interrogent sur plusieurs "défauts de contrôle" entre juin et septembre 2011, et signalés avec beaucoup de retard en 2012.
Cet islamiste radical, alors mis en cause dans une tentative d'évasion d'un terroriste, a bien rendu son passeport, contre la remise d'un récépissé, comme les autorités judiciaires l'exigeaient. Il devait en outre se rendre chaque semaine pour pointer au commissariat de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), la commune où il résidait. Or il se serait soustrait à cette obligation à plusieurs reprises à l'été 2011 sans être inquiété le moins du monde.
Utilisation du passeport du frère
Du coup, il a pu, selon toute vraisemblance, se rendre discrètement au Yémen pour s'entraîner dans un camp d'Al-Qaeda, comme l'a fait son frère Saïd, impliqué lui aussi dans les assassinats commis au siège de l'hebdomadaire satirique et dans leur fuite. L'hypothèse la plus probable est que les deux frères Kouachi ont voyagé séparément, Chérif utilisant le passeport de Saïd.
La femme de Chérif Kouachi aurait confirmé aux enquêteurs le voyage de son époux et évoqué un second déplacement en Turquie cette fois.
Le commissariat de Gennevilliers n'aurait signalé au juge d'instruction qu'en 2012 ces "défauts de pointage" remontant à l'été 2011. Une fois informée, qu'a fait la justice? A-t-elle demandé un contrôle policier sur Kouachi? A-t-elle exigé qu'un avis de recherche soit lancé? Si un magistrat du parquet de Paris a été informé, a-t-il saisi un juge de la détention et des libertés pour obtenir la révocation du contrôle judiciaire et donc un retour en prison de Chérif Kouachi? Ou la justice est-elle demeurée inerte? Selon une source judiciaire, sollicitée par L'Express, il n'est pas certain que l'information ait été transmise à un magistrat du parquet, que ce soit celui de Paris ou celui de Nanterre.
Pas assez d'effectifs
Mis en cause pour sa participation à la tentative d'évasion, Chérif Kouachi a finalement obtenu un non-lieu ce qui a rendu caduc son contrôle judiciaire en avril 2013. Environ deux ans auparavant, il avait donc réussi à échapper aux écrans radars pour rejoindre Al-Qaeda et apprendre à manier les armes. La justice ne l'a pas vu partir. Les services de renseignement intérieur non plus. Il est ensuite rentré tranquillement à Gennevilliers où il résidait.
Plusieurs sources policières indiquent à L'Express que les commissariats ne disposent pas des effectifs nécessaires au strict respect des obligations des contrôles judiciaires. Une faille béante dans le bouclier antiterroriste français.
