Et revoilà Dominique Strauss-Kahn devant les tribunaux. L'ancien patron du Fonds monétaire international (FMI) est, avec douze autres prévenus, jugé pour proxénétisme aggravé en réunion dans l'affaire dite du Carlton de Lille. Un délit, lorsqu'il est commis à plusieurs, passible de 10 ans d'emprisonnement et 1,5 million d'euros d'amende.
Aider, assister ou protéger la prostitution
DSK, simple jouisseur ou proxénète? Pour les législateurs, tombe sous le coup de la loi celui qui aide, assiste ou protège la prostitution d'autrui; en tire profit, en partage les produits ou reçoit les subsides d'une personne se livrant habituellement à la prostitution; ou encore quelqu'un qui embauche, entraîne ou détourne une personne en vue de la prostitution, ou exerce sur elle une pression pour le faire.
Le code pénal prévoit aussi des cas assimilés au proxénétisme comme le fait de "faire office d'intermédiaire entre deux personnes dont l'une se livre à la prostitution et l'autre exploite ou rémunère la prostitution d'autrui". Un cadre dans lequel pourrait s'inscrire DSK, bénéficiaire direct des escorts, rétribuées par deux connaissances, Fabrice Paszkowski et David Roquet.
En ce sens, les magistrats instructeurs lillois ont estimé que l'ancien ministre était le "pivot central" des soirées à caractère sexuel organisées à Paris, Lille ou encore Washington. En résumé, sans sa venue, pas de phénomène de prostitution. Un rôle présumé d'"instigateur", donc, reposant sur plusieurs éléments.
1 - Le statut des prostituées
La ligne de défense de Dominique Strauss-Kahn a toujours été de dire qu'il ne savait pas que les jeunes femmes étaient rémunérées. Il pensait assister à des soirées libertines. Les juges d'instruction pensent l'exact contraire.
Témoignages de participantes à l'appui, ils se sont attachés à démontrer qu'au vu du comportement et de l'accoutrement de "Jade", "Estelle", "Marion" et les autres, DSK ne pouvait ignorer leur qualité d'escort.
Et d'ajouter que "l'omerta régnant autour du statut des prostituées ne visait qu'à protéger l'homme politique (...) de toute complication judiciaire ou de tout scandale médiatique".
2 - L'organisation des soirées
L'étude de la téléphonie, et notamment des SMS échangés avec Fabrice Paszkowski, ne laissent, pour les magistrats lillois, pas de place au doute.
Dominique Strauss-Kahn avait le "leadership" sur ces soirées fines organisées en fonction de son agenda. Au gré de ses impératifs professionnels, elles pouvaient être décalées ou reportées à la dernière minute. Et ce, sans que les autres participants ne s'en émeuvent.
Le vocabulaire utilisé par les intéressés interpelle également. "Colis", "matériel", "cadeau" ou encore "petite" ne peuvent, d'après les juges d'instruction, désigner d'autres partenaires sexuels que des professionnelles.
3 - La mise à disposition d'un lieu privé
Enfin, Dominique Strauss-Kahn aurait apporté son aide et assistance à la prostitution d'autrui en mettant à la disposition de son ami Fabrice Paszkowski un appartement en vue d'y "pratiquer des actes de prostitution tarifés".
Le logement, situé rue Iéna à Paris, était loué par DSK à un ami qui n'aurait servi que de prête-nom.
En juillet 2013, le parquet de Lille avait requis un non-lieu en faveur de l'ancien ministre. Les juges d'instruction, comme ils sont habilités à le faire, étaient passés outre. C'est désormais au tribunal correctionnel de Lille, présidé par Bernard Lemaire, de trancher.
