Lundi, peu après 15h, alors qu'ils circulaient sur les Champs-Elysées en fourgon, les gendarmes de l'escadron de Chaumont ont vu foncer délibérément sur eux un homme conduisant une Renault Mégane. Au volant: Adam Lofti Djaziri, un homme né en décembre 1985 à Argenteuil. Selon des sources proches du dossier interrogées par L'Express, le suspect disposait d'un casier judiciaire vierge. Mais il était fiché S depuis 2015 pour ses liens avec la mouvance islamiste radicale.
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Juste après la collision, les militaires ont retiré son corps de l'habitacle. Une autopsie est en cours ce mardi pour déterminer les raisons de son décès. Est-il mort dans le choc ou à la suite de l'embrasement de son véhicule? Selon plusieurs témoins et des vidéos prises sur place, une intense fumée orange se dégageait de sa Mégane.
Dans le viseur des services de renseignement depuis 2015
Adam Lofti Djaziri avait laissé sa carte d'identité dans sa voiture, ce qui a permis aux enquêteurs de mener des perquisitions à son domicile familial de Plessis-Pâté (dans l'Essonne) dès lundi soir. Les policiers ont retrouvé en outre une kalachnikov, des armes de poing et des cartouches dans le coffre de sa voiture. A son domicile du Plessis-Pâté (Essonne), un autre arsenal a été saisi: deux fusils à pompe, un fusil à lunette avec silencieux et trépied ainsi que des milliers de munitions, rapporte une source policière.
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Plus intrigant: les enquêteurs ont découvert que le terroriste avait en sa possession une autorisation de détention d'arme depuis 2012. Ce document, délivré par la préfecture de l'Essonne, ne lui permet pas de circuler armé, mais simplement de s'adonner à la pratique du tir dans des stands réglementés.
"Au moment de sa première demande, il remplissait tous les critères puisqu'il n'était ni condamné ni fiché", justifie une source proche du dossier. C'est seulement trois ans plus tard qu'il est suivi discrètement par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). D'abord en raison de l'environnement familial salafiste dans lequel il gravite. Adam Lofti Djaziri vivait au domicile de ses parents avec ses frères et soeurs. Ils sont tous décrits par leurs voisins comme des musulmans rigoristes. "Radicalisé? Je n'en sais rien du tout. Ce petit-fils ne vient plus me voir depuis des années", a évacué la grand-mère du suspect, interrogée par Le Parisien. Quatre de ses proches sont ce mardi en garde à vue.
Un permis renouvelé en 2017, malgré sa fiche S
Mais c'est surtout un voyage en Turquie en 2015 avec son ex-épouse et ses enfants qui éveille les soupçons des services de renseignements. Ces derniers n'ont toutefois pas établi, à ce stade, un quelconque passage en Syrie ou sur une terre de djihad, c'est à dire une zone de conflit. "A l'époque, il exerçait le métier de marchand d'or et de métaux, ce qui pouvait justifier son séjour en Turquie", explique notre source proche du dossier. Les éléments recueillis sur Adam Lofti Djaziri ne permettent pas l'ouverture d'une enquête judiciaire, ni même des mesures coercitives -perquisitions, assignations- dans le cadre de l'état d'urgence.
Plus troublant, le futur terroriste émet une demande de renouvellement de son permis de port d'arme début 2017. Laquelle lui est accordée par les autorités, alors même qu'il est déjà fiché S. Dans cette procédure, les autorités doivent pourtant consulter deux fichiers: le traitement des antécédents judiciaires (TAJ) et le Fichier des personnes recherchées (FPR), ce dernier donnant des indications sur un éventuel signalement d'un service spécialisé.
Une source proche du dossier récuse toute faille: "Adam Lofti Djaziri était assidu aux stands de tirs depuis six ans. La DGSI ne voulait pas qu'un refus de renouvellement non justifié éveille des soupçons sur sa surveillance." Les services de renseignement ne considéraient pas le suspect comme "un gros poisson" et menaient des investigations discrètes pour déterminer s'il n'appartenait pas à un réseau djihadiste plus large.
