Visé par une enquête pour viol, l'ex-adjoint à la maire de Paris Christophe Girard a annoncé mardi sa décision de se mettre en retrait de la majorité au sein du Conseil de Paris, dans une déclaration transmise à par son avocate.

"Par souci de sérénité et du bon fonctionnement de la majorité au sein du Conseil de Paris, j'ai proposé à Anne Hidalgo (la maire de Paris, ndlr) et à Rémi Féraud, président du groupe Paris en commun (structure de campagne de Mme Hidalgo, ndlr), ma mise en retrait le temps de l'enquête préliminaire et pour mieux me défendre", a déclaré Christophe Girard, qui reste élu au Conseil et au conseil municipal du XVIIIe arrondissement.

Le parquet de Paris ouvre une enquête pour "viol" contre l'adjoint à la Culture d'Anne Hidalgo, a annoncé ce mardi matin le procureur Rémy Heitz. Poussé à la démission pour ses liens avec l'écrivain controversé Gabriel Matzneff, l'élu parisien est accusé d'abus sexuels par Aniss Hmaïd dans le New York Times, des allégations "graves" et "sans fondement" qu'il conteste "avec la plus grande fermeté", selon son avocate Delphine Meillet.

L'enquête sur ces faits qui se seraient déroulés dans les années 1990, ouverte des chefs de "viol par personne ayant autorité", a été confiée à la brigade de protection des mineurs de la direction régionale de la police judiciaire. "Les investigations (...) s'attacheront à déterminer avec exactitude si les faits dénoncés sont susceptibles de caractériser une infraction pénale et si, au vu de leur ancienneté, la prescription de l'action publique est acquise", a précisé le procureur de la République de Paris dans un communiqué. Les faits dénoncés par Aniss Hmaïd sur la période où il était encore mineur pourraient en effet être prescrits depuis son 38e anniversaire. Le délai de prescription, depuis une loi de 2018, a été porté à 30 ans après la majorité de la victime, mais la loi n'est pas rétroactive.

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Aniss Hmaïd, 46 ans, a affirmé au quotidien américain avoir été entraîné par Christophe Girard dès leur rencontre en Tunisie, quand il avait 15 ans, dans une relation abusive de près de dix ans qui lui a laissé "des blessures psychologiques durables". Selon lui, Christophe Girard l'a agressé sexuellement une première fois à 16 ans lors d'un voyage aux Etats-Unis et l'a contraint à des rapports sexuels une vingtaine de fois au cours des années suivantes, ajoute le quotidien.

En échange, poursuit l'article, Aniss Hmaïd assure que Christophe Girard l'employait parfois comme domestique dans sa résidence d'été dans le sud de la France et "lui obtenait des emplois temporaires au sein de la maison Yves Saint Laurent" dont il était l'un des principaux dirigeants avant d'entrer en politique. "Il a profité de ma jeunesse, de mon jeune âge et tout ça pour ses plaisirs sexuels", a déclaré au quotidien américain Aniss Hmaïd, qui a envisagé de dénoncer Christophe Girard aux autorités mais en a été dissuadé par sa mère qui le jugeait "trop puissant".

La démission de ses fonctions d'adjoint à la Culture

"Christophe Girard conteste ces dénonciations et ces faits avec la plus grande fermeté", a indiqué dimanche dans un communiqué Delphine Meillet, affirmant qu'elle engagera des poursuites pour "dénonciation calomnieuse" contre cet article. "Les faits dénoncés étant prescrits, la parole de l'accusateur, contre la parole de l'accusé, est laissée à l'appréciation du tribunal de l'opinion, où trop souvent une présomption de culpabilité en matière d'infractions sexuelles a pris le pas sur la présomption d'innocence", a ajouté l'avocate.

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Christophe Girard, entendu en mars dans le cadre de l'affaire Matzneff, accusé de pédophilie, a démissionné le 23 juillet de ses fonctions d'adjoint à la Culture, sous la pression d'élus écologistes pourtant alliés de la maire PS Anne Hidalgo. Les enquêteurs avaient interrogé en mars Christophe Girard, secrétaire général de la Maison Yves-Saint Laurent entre 1986 et 1987, structure qui avait apporté un soutien financier à Gabriel Matzneff dans les années 80, selon plusieurs récits.

L'écrivain est visé par une enquête pour "viols sur mineurs" ouverte par le parquet de Paris après la publication en janvier du roman autobiographique de Vanessa Springora. Elle y décrit la relation sous emprise qu'elle a entretenue lorsqu'elle était mineure avec l'écrivain.