C'était une promesse de campagne comme il en existe beaucoup. A la veille de son élection, Emmanuel Macron s'était engagé à créer "10 000 postes de policiers et gendarmes supplémentaires sur ce quinquennat". Un gage réitéré et confirmé en mai dernier par le Premier ministre Jean Castex, dans les colonnes du Parisien.
Le week-end dernier, Gérald Darmanin a remis une pièce dans la machine en s'engageant à affecter 587 policiers et gendarmes supplémentaires en Ile-de-France, en plus des 958 membres supplémentaires des forces de l'ordre déployés dans la région depuis le début du quinquennat. L'occasion de faire le point sur les efforts du gouvernement actuel concernant les effectifs et le budget alloués à la sécurité.
D'autant que les chiffres officiels font l'objet de vives critiques dans l'opposition. En avril dernier, la députée PS du Tarn-et-Garonne Valérie Rabault s'indignait que les effectifs réels de la sécurité avaient baissé depuis l'élection d'Emmanuel Macron, s'appuyant sur les "données de Bercy". La députée socialiste accusait alors le ministère de l'Intérieur de se targuer, à tort, d'avoir rempli ses engagements. "Je ne dis pas que le gouvernement n'a pas recruté du tout, je dis qu'ils n'ont pas créé beaucoup de postes d'agents si l'on regarde les chiffres nets", avait-elle ensuite nuancé auprès du journal Le Monde.
Une évolution des effectifs limitée
Tableau des chiffres à l'appui, Valérie Rabault pointait une baisse des effectifs de police et gendarmerie confondus, entre 2017 et 2021. Si l'objectif affiché dans le budget 2021 était d'atteindre les quelque 252 500 postes (en équivalents temps plein, ETP) d'ici la fin de l'année, ils se comptaient à hauteur de 249 600 fin 2017. Soit une augmentation d'un peu plus de 3000 postes, loin des 10 000 promis.
On observe surtout une légère baisse des effectifs entre 2019 et 2020, particulièrement parmi les postes de la police nationale, pour remonter en 2021.
Presque 8000 postes en cinq ans
Toutefois, cette hausse limitée s'explique, selon le ministère de l'Intérieur, par un changement de calcul. Le ministère de l'Intérieur souligne ainsi que les contours de la mission "sécurité" du budget de l'Etat ont changé en 2017, avec notamment l'exclusion dans ces calculs des quelque 4000 postes en temps plein des services supports de la Place Beauvau, jusqu'ici pris en compte comme des effectifs de la mission police. Ces fonctions dites "support" viennent supporter les activités "métier" en s'occupant notamment de la gestion administrative et comptable, de la logistique, etc.
C'est pourquoi le gouvernement met en avant les recrutements dits "à périmètre constant", sans compter les agents qui ont changé de case budgétaire d'une année à l'autre, pour chiffrer ses créations de postes. Avec ce mode de calcul, le nombre de créations s'élève à près de 8000 postes entre 2017 et 2021, et dépasse le 10 000 en 2022, ce qui correspond à l'objectif que s'était fixé le candidat Macron à la dernière présidentielle. A noter que les données des années 2020, 2021 et 2022 restent des projections à ce jour.
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Au printemps, Valérie Rabault avait ainsi concédé que la prise en compte de ces 4000 postes changeait la donne, rapportait franceinfo, même si elle persistait dans son calcul de 3000 postes créés environ, contre plus de 6000 revendiqués par l'exécutif.
Dans la moyenne haute en Europe
Depuis avril dernier, le Beauvau de la sécurité est passé par là. L'occasion pour Emmanuel Macron de réitérer son engagement de créer 10 000 postes dans les métiers de la sécurité. Forte de ses 150 000 policiers et plus de 100 000 gendarmes, la France se place dans la moyenne haute des pays européens.
Selon les données d'un rapport de la Cour des comptes datant de 2020, la France se place derrière les Pays-Bas, l'Italie et l'Espagne en termes de taux d'encadrement de ses habitants, mais devance de loin le Royaume-Uni.
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Sans aucun doute, le sujet des forces en présence à octroyer pour la sécurité des Français devrait s'imposer dans le débat pour l'élection présidentielle 2022. Si le thème des effectifs de la police et de la gendarmerie n'a pas encore été mis au-devant des échanges et des promesses de campagne, certains candidats ont déjà promis la réduction de postes dans la fonction publique administrative, notamment à droite, à l'instar de Valérie Pécresse, Éric Ciotti et Xavier Bertrand. Tous jurent néanmoins d'épargner la police et la santé.
