Déterminer les responsabilités du fiasco sécuritaire observé lors de la tenue de la finale de la Ligue des Champions le 28 mai dernier au Stade de France, et proposer des remèdes afin de préparer au mieux les deux prochains grands événements sportifs organisés par la France : la Coupe du monde de rugby en 2023 et les jeux Olympiques de 2024, tels sont les deux objectifs du rapport présenté ce mercredi 13 juillet par les sénateurs Laurent Lafon, président de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication, et François-Noël Buffet, président de la commission des lois. Les sénateurs ont notamment pointé "un enchaînement de dysfonctionnements" et des "défaillances" aussi bien "dans l'exécution" que dans la "préparation" de l'évènement.

Un renforcement du dialogue stadiers-forces de l'ordre

Les rapporteurs ont tenu à souligner que si le nombre de faux billets en circulation était particulièrement élevé ce soir-là, au nombre de 2471, cette donnée ne pouvait être présentée comme la cause principale des événements dramatiques notifiés aux abords du stade. Néanmoins, pour se prémunir des faux billets, ils préconisent de rendre "obligatoire le recours à des billets infalsifiables", c'est à dire numériques, pour les compétitions sportives les plus importantes.

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Les sénateurs estiment également que le plan de mobilité des supporters n'était pas bien préparé, alors qu'une grève du RER B avait été annoncée. Ce plan n'a pas assuré le bon report des voyageurs du RER B vers le RER D puis n'a pas prévu de voie de délestage à la sortie du RER D. La deuxième recommandation est donc que les organisateurs informent en temps réel les détenteurs de billets des modalités d'accès au stade. Laurent Lafon a ensuite estimé que les pouvoirs publics avaient "négligé" les supporters, notamment ceux de Liverpool, en considérant comme des "hooligans" les individus sans billets venus profiter de l'ambiance à Paris. Ainsi, le rapport invite au renforcement de la formation des stadiers et à l'amélioration de leur communication avec les forces de l'ordre.

Autour du stade, une effervescence inhabituelle mais prévisible

Concernant les vols et agressions qui se sont produits aux abords du stade, le filtrage ne peut être le seul responsable, puisque, corroborant les propos du maire de Liverpool, les sénateurs estiment que les actes de délinquance ont commencé avant le filtrage, contredisant ainsi les propos du préfet de police, Didier Lallement. Les forces de l'ordre n'auraient pas dû être surprises par la présence d'un grand nombre de délinquants, le maire de Saint-Denis ayant fait part, les jours précédant la rencontre, d'une effervescence inhabituelle autour de l'enceinte. Le Sénat invite les autorités à améliorer l'attractivité aux abords du Stade de France, afin que les spectateurs ne soient pas tentés de venir au dernier moment, ce qui créé un goulot d'étranglement. Devant l'afflux massif de personnes, il est aussi recommandé de séparer les points de contrôle de validité des billets des points de pré-filtrage mis en place dans le cadre de la prévention du terrorisme.

Les témoignages glaçants des supporters ayant été gazés par les forces de l'ordre ont fait réagir les rapporteurs, qui regrettent que des supporters aient eu le sentiment "d'avoir été exposés à un usage excessif de la force". Car si l'utilisation de gaz lacrymogène s'est avérée être le seul moyen pour disperser la foule, son usage a été trop aléatoire. Ils demandent au ministère de l'Intérieur de définir une doctrine d'emploi du gaz lacrymogène, qui éviterait l'exposition des personnes pacifiques. Les cohues auraient aussi pu être évitées, selon le rapport, grâce à des agents publics dédiés à la circulation des flux autour du stade. Or, ils n'étaient qu'une dizaine. Les sénateurs demandent la réincorporation de ces unités délaissées. En tout, les sénateurs dressent 11 recommandations, pour prévenir de futurs dysfonctionnements et éviter que la France ne garde l'image d'une nation incapable d'organiser un événement sportif de grande ampleur.