En quoi consiste ce semestre de la parité, que vous lancez aujourd'hui en présence de Najat Vallaud-Belkacem, la ministre des droits des femmes?

70 ans après l'obtention du droit de vote et d'éligibilité pour les femmes, et plus de 15 ans après les lois sur la parité, nous avons souhaité faire le bilan de ce qui a été fait et réfléchir à de nouvelles perspectives. Le premier temps fort de ce semestre de la parité sera la publication du Guide de la parité, à destination de la société civile et du monde enseignant, qui regroupera un état des lieux sur la question de l'égalité femmes-hommes et un rappel des lois. Un calendrier sera mis en ligne sur notre site pour mettre en avant les initiatives des associations, du monde de l'éducation et de la recherche sur cette thématique de la parité. Enfin ce semestre se terminera le 10 avril avec les Assises de la Parité, pendant lesquelles nous réfléchirons aux nouvelles étapes de la parité, 70 ans après le droit de vote des femmes.

Ce gouvernement a déjà un ministère des droits des femmes. A quoi sert le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes?

Nous sommes une instance consultative, notre objet n'est pas d'être la voix du gouvernement. Nous sommes là pour appuyer la ministre des droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, si besoin, mais aussi pour faire des propositions et tenir le rôle d'aiguillon. Ainsi nous avons suggéré des ajouts dans le cadre de la loi Egalité Femmes/Hommes: la suppression de la notion de détresse dans la loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG), c'est nous. La création d'un site officiel du gouvernement pour renseigner les femmes sur l'IVG, c'est aussi l'une de nos propositions.

Les femmes ont aujourd'hui les mêmes droits que les hommes. Pourquoi est-il encore nécessaire de se battre pour l'égalité entre les sexes ?

Certes nous avons des textes legislatifs globalement bien faits, mais si nous avons atteint l'égalité "formelle" entre les femmes et les hommes, nous sommes encore loin de l'égalité "réelle". L'application de certaines lois n'a jamais été considérée comme une priorité, c'est le cas par exemple de la loi sur la parité dans les partis politiques. Même chose avec la loi sur les violences faites aux femmes: celle-ci prévoit que les femmes victimes de violences conjugales puissent rester dans leur logement - un texte mis en application dans 6% des cas seulement.

Quel regard portez-vous sur la récente polémique sur un prétendu enseignement de la théorie du genre à l'école?

Je n'ai pas été étonnée. Il y a trois ans, Luc Chatel, alors ministre de l'éducation nationale, avait dû faire face à une pétition émanant de 80 députés UMP qui souhaitaient le retrait d'un manuel scolaire évoquant la notion de "sexe social". Il y a une forme de radicalité religieuse qui est toujours présente dans notre société, et qui s'est trouvée réanimée l'année dernière avec le mariage pour tous. Cette mouvance a une vision de la famille figée, archaïque, et par des manoeuvres subtiles, ils ont réussi à glisser d'un mouvement d'opposition religieuse et morale à un mouvement de défense des enfants. D'où l'importance de faire de la pédagogie auprès des parents sur les dégâts que peuvent faire les stéréotypes. Qui peut trouver normal que dans notre pays les filles s'orientent très majoritairement vers seulement douze métiers différents, quand le champ des garçons atteint 80 métiers? C'est contre ces stéréotypes qu'il nous faut, entre autre, lutter.

La composition du Haut conseil pour l'égalité entre les femmes et les hommes

Le HCEFH compte 73 membres, hommes et femmes, représentants d'associations, élus, chercheurs, professeurs d'université... Il est organisé en cinq commissions, qui planchent sur la lutte contre les stéréotypes, les violences de genre, les droits des femmes, la parité (politique, administrative, sociale), et la santé sous l'angle droits sexuels et reproductifs. Tous les membres du HCEFH sont bénévoles, à l'exception des trois membres du secrétariat.