"Ce printemps, la crise de notre système de santé va atteindre son paroxysme à travers la faillite incontrôlée du fonctionnement des services d'urgence". Les premiers mots de la lettre du syndicat Samu-urgences de France, adressés à la nouvelle ministre de la Santé Brigitte Bourguignon le dimanche 22 mai, donnent le ton de l'état de délabrement et de panique dans lequel se trouvent les services d'urgence.
Un recensement publié, vendredi 20 mai, par ce même syndicat fait état de 120 services en "difficulté", dont 66 sont obligés de fermer au moins partiellement. Des petits centres hospitaliers aux plus grands, aucun n'échappe à la tension actuelle. La conséquence d'un malaise profond.
Manque de personnels et de lits, promesses gouvernementales non tenues, fatigue physique et épuisement moral nés de l'épidémie de Covid-19, les effectifs médicaux sont durablement atteints, et les recrutements sont loin de compenser les démissions, de plus en plus nombreuses. Le syndicat Samu-urgences note que le personnel soignant est "à la fois harassé par la surcharge de travail, désespéré par le sentiment de mal faire le métier et désemparé par la montée des violences réactionnelles dont ils sont victimes".
Les établissements essaient de s'en sortir comme ils peuvent
Inquiète de la situation sur le terrain, l'Association des petites villes de France (APVF) a interpellé à son tour la ministre de la Santé mercredi 25 mai, citant un certain nombre d'établissements hospitaliers ayant dû entièrement fermer leurs services d'urgences, comme à Guingamp, Chinon ou Sarlat. L'APVF va plus loin, dénonçant "une gestion purement comptable et financière de notre système de santé au mépris des patients et de la qualité des soins".
Chaque établissement essaie donc de s'en sortir comme il peut. Les CHU d'Amiens et de Châteauroux transfèrent leurs patients dans d'autres établissements, ceux de Rennes de Roubaix et de Tourcoing reportent les opérations non-urgentes et tous essayent de renforcer l'hospitalisation à domicile.
Pour inverser la tendance, le Collectif inter-urgences réclame une amélioration des conditions de travail, la mise en oeuvre imminente d'une politique de recrutement et une revalorisation salariale. Le syndicat Samu-urgences estime que le gouvernement doit anticiper les difficultés en organisant une coordination des services à l'échelle des territoires, notamment avec le secteur privé, et assurer l'activité des services mobiles d'urgence et de réanimation, actuellement fermés à Grenoble, Metz ou Creil.
Et pour que ce sujet de société soit au coeur des préoccupations politiques, neuf organisations représentant les soignants et autres personnels hospitaliers ont appelé à une mobilisation le mardi 7 juin, quelques jours avant le premier tour des élections législatives.
