A quelques heures de la cérémonie, dans quel état d'esprit êtes-vous?

C'est un peu la bousculade. J'ai enchainé tellement d'interviews que je ne me souviens pas combien j'en ai fait depuis trois jours. J'ai été très sollicitée par les médias étrangers car aux yeux du monde, nous sommes le pays des droits de l'homme. Ils ne comprennent pas l'ampleur du mouvement d'opposition. Mais parallèlement, je dois encore peaufiner mon discours. J'ai rencontré à plusieurs reprises Bruno et Vincent, j'ai beaucoup de choses à dire, il faut que je fasse un peu de tri!

Craignez-vous des débordements?

Non, je suis sereine, un dispositif policier a été mis en place de concert avec la préfecture. J'espère que les opposants respecteront les mariés et leurs familles. Cette cérémonie doit garder sa serennité.

Vous êtes engagée depuis de nombreuses années dans la lutte contre l'homophobie. Pourquoi?

Je suis médecin et dans mon cabinet je me suis souvent rendue compte que la découverte de l'homosexualité était vécue comme un drame pour les familles. Les parents me demandaient ce qu'ils avaient mal fait, les enfants ne savaient pas comment l'annoncer. Le poids du "qu'en dira-t-on?" est également très présent. Je pense que ça m'a poussée à m'engager sur cette voie.

Montpellier a été élu par le magazine Têtu ville la plus gay friendly en 2012. Comment cela se manifeste?

A Montpellier, il n'y a pas de quartier gay. Les homosexuels sont totalement intégrés et fréquentent les mêmes endroits que tout le monde. Même à la gay pride, qui est la deuxième plus importante après celle de Paris, les homosexuels et les hétérosexuels défilent ensemble. Je pense que cela vient du fait que c'est une ville où il fait bon vivre, les communautés ne se sentent pas discriminées et se développent.

D'autres mariages homosexuels sont-ils déjà prévus?

Oui, plusieurs couples ont déjà publié les bans. Je marierai dès samedi un couple d'hommes et un couple de femmes. Ensuite, je laisserai mes adjoints faire les cérémonies.

Le fait que ce mariage ait lieu à Montpellier est-ce un bon "coup politique", à un an des municipales?

Je n'y suis absolument pour rien. C'est Najat Vallaud-Belkacemqui, connaissant mon engagement sur cette question, m'a demandée de célébrer ce mariage. Evidemment, j'en suis ravie. Quant à la date, elle n'est pas non plus de mon fait. Si Nicolas Sarkozy avait engagé ce débat lorsqu'il était encore président, la question ne se serait même pas posée.