Que fait donc l'hypernarcissique lorsqu'il délaisse la compagnie de son miroir? Il prend rendez-vous avec lui-même dans les magasins, bien sûr!
Prêt-à-porter au flocage décomplexé -ensemble "Moi moi moi", de Sonia Rykiel (1)-, savonnettes Dove, bouteilles de Coca-Cola (2), baskets Nike et paquets de M&M's personnalisés, crèmes de soin et fragrances sur mesure, maroquinerie à monogramme, l'offre, illimitée, a transformé la morne séance de shopping post-crise en ego-trip jouissif.
Quel plaisir délicieusement régressif, se disent certains, de savoir qu'un créateur a pensé à nous, rien qu'à nous, en façonnant son produit, telle une maman brodant le prénom de son petit sur sa barboteuse!
"Grâce à la digitalisation, la fibre narcissique, constitutive de la mode, est rattrapée par toutes les marques", analyse Delphine de Canecaude, fondatrice de l'agence de publicité Etoile rouge.
L'"ego business" regorge d'imagination
Pour quelques euros, on peut devenir le héros d'un roman , savourer des Chamallows décorés de son autoportrait.
Les plus sportifs plébiscitent les skates customisés Penny, les plus connectés, le manche télescopique à selfie et l'Apple Watch qui permettra, dès 2015, de quantifier les mouvements et le nombre de pas de son utilisateur.
Le must? Faire trôner dans son salon une reproduction en 3 D de soi-même grâce au FabShop ou à WaoLab, aux dimensions et dans la matière de son choix - plâtre, résine... voire en or massif!
Toute époque ayant son égérie, celle de l'"ego business" porte les traits de Cara Delevingne, délicate frimousse barrée d'une improbable forêt de sourcils. Le top britannique adore jouer à la poupée avec elle-même, un jour vêtue d'un poncho Burberry (3), un autre armée d'un sac Fendi, le tout, bien entendu, marqué de ses initiales.
